08.04.2008
Citadelle des chats
Dans la province de Far West, il y a un (tout) petit village qui s'appelle Banteay Chhmaar. Ca veut dire "citadelle des chats". Il y a des gens qui disent qu'en fait, ce serait une déformation de Banteay Thmââr, la "citadelle de pierre".
Ce qui se tient, vu que Banteay Chhmaar est construit autour des douves d'un temple bâti au XIIème siècle.
Au foyer, il y a un étudiant, Chhorvorn, qui vient de Banteay Chhmaar.
Chhorvorn est le type même du rescapé. Orphelin de père et de mère, il vit avec sa tante et sa grand-mère, dans une petite maison sur pilotis.
Et malgré le peu de moyens de sa famille et l'isolement de Banteay Chhmaar, il a travaillé d'arrache-pied, il a réussi à apprendre l'anglais, il n'a jamais perdu courage. Au contraire. Il est maintenant étudiant au CIST. L'autre soir, il m'a demandé quel était mon but dans la vie. Le sien, c'est de travailler dur maintenant, pour pouvoir décrocher un bon boulot et aider sa famille bientôt. Les études au CIST durent deux ans, mais Chhorvorn a décidé qu'il travaillerait quelques années pour gagner assez d'argent et reprendre des études plus tard.
Banteay Chhmaar est construit autour des douves d'un temple bâti au XIIème siècle, disais-je. Le temple est envahi par la végétation (mais pas comme un Ta Prohm) et complètement éboulé. Si on crapahute entre les blocs pendant cinq minutes et que l'on regarde autour de soi, on s'imagine aisément perdu dans un océan de pierres.
Je vous parle pas de la statue d'Avalokiteshvara-aux-32-bras parce que vous connaissez mes affinités avec le Lonely Planet.
Il paraît que ça n'arrive jamais, mais le jour où je suis allée visiter le temple, il y avait aussi deux touristes français.
L'ONG Agir pour le Cambodge a monté, juste avant de se retirer de Banteay Chhmaar, un projet de "Homestay". Il s'agit d'encourager les touristes à loger chez l'habitant le temps de leur séjour (il n'y a pas d'hôtel à Banteay Chhmaar, mais ai-je vraiment besoin de le préciser?), en leur proposant une grille de prix équitables.
Cela dit, j'ai le sentiment que ces touristes-là avaient fait la route depuis Siem Reap ou Sisophon depuis le matin, et sapprêtaient à y retourner dès qu'ils auraient visité le temple. Parce que j'ai oublié de vous dire aussi qu'il n'y a pas de restaurant à Banteay Chhmaar. Juste deux boui-bouis pour les plus aventureux.
Banteay Chhmaar est construit autour des douves d'un temple bâti au XIIème siècle, leûk ti bèy.
A l'est du temple se trouve le marché. Qu'il me suffise de dire que Banteay Chhmaar, malgré sa position privilégiée entre Samrong et Sisophon, n'est pas vraiment un carrefour commercial.
Au nord la pagode, avec son Bouddha débonnaire en papier mâché.
Au sud, le centre EdM avec les Soieries du Mékong (Youpi, Sothea, un couturier des Soieries, va me faire un sac de bonze en soie...) et la maison des bambous (dont toute l'électricité provient des quatre panneaux solaires juchés sur le toit).
A l'ouest, il y a une petite entreprise de traitement de l'eau des douves créée par l'ONG 1001 Fontaines. C'est cette eau que l'on vend au marché, et que l'on consomme à la pagode et au centre EdM.
Les missions de Banteay Chhmaar, c'est pas seulement le-marché-la-pagode-les-bouibouis-le-temple-1001-Fontaines, c'est aussi une proximité époustouflante avec les gens. Les gens sont accueillants, les filleuls habitent tout près, donc il est facile d'apprendre à bien les connaître, et d'organiser pleins d'activités avec eux.
La contrepartie, c'est que tout se sait dès 6h du matin, même (ou surtout) le nombre de bières que les bambous ont bu la veille.
Je crois que la seule raison pour laquelle les résultats de notre tournoi de coinche n'ont pas fait le tour du village, c'est que jouer aux cartes sans parier, à Banteay Chhmaar, ça n'amuse personne.
Voilà, si maintenant lors d'un cocktail chic vous entendez parler de Banteay Chhmaar, vous pourrez déballer toute votre nouvelle science et vous vanter de savoir que Banteay Chhmaar est construit autour des douves d'un temple bâti au XIIème siècle.
20:49 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
06.04.2008
Voyage voyage
Le bambou a pris des vacances. Pendant ses vacances, le bambou est allé à Banteay Chmaar puis Samrong, province de Far West, qui, comme son non l'indique, est loin, à l'ouest. Du coup, le bambou en a profité pour tester pour vous de nouveaux transports khmers.
Il y en a qu'on ne présente plus.
Le bus, par exemple... Quelle que soit la compagnie, prendre le bus veut dire s'exposer à un froid polaire, ainsi qu'à une cure exagérée de décibels, généralement sous forme de karaoké khmer. En gros, des images gnangnans de beaux garçons qui se promènent avec de belles jeunes filles dans les rizières, ou regardent des couchers de soleil en s'inondant de mots d'amour. Il y a parfois aussi des ruptures terribles (mais c'est tout le temps la faute de la fille) ou alors, on est témoin de la naissance d'une belle histoire dans un endroit moderne comme un cybercafé ou un concessionnaire Honda.
Malgré la diversité des représentations de ce sujet sans fin qu'est l'amour, on se lasse.
Les compagnies de bus l'ont bien compris, et c'est pour ça qu'après deux heures de karaoké (et deux pauses dans des restaurants pas choisis au hasard), les clips vidéos laissent la place aux comiques. En Europe, on s'amuse beaucoup des aventures de deux amis, un grand tout mince, et un petit tout gros. Au Cambodge, le grand est tout gros et le nain tout mince, mais ils font beaucoup rire aussi.
Le bambou a aussi testé le Camry.
Mes yeux d'Européenne comptaient 5 places dans le véhicule. Tout compte fait, nous avons fait le voyage à 8. 4 derrière, 4 devant. Le chauffeur, qui avait plus de place que nous tous, partageait son siège avec un passager, au-dessus des cuisses duquel il devait passer chaque fois qu'il lui prenait l'envie de changer de vitesse.
La variante, c'est de coincer le huitième passager entre le chauffeur et la portière.
Dans les pick-ups, c'est la même histoire en pire. Les moins pauvres voyagent en cabine, mais le dilemme est grand entre étendre ses jambes ou éviter la barre malencontreusement placée à la hauteur du milieu de la colonne vertébrale. Le dilemme est vite résolu : avec les cahots, on n'évite aucun des désagréments de la cabine.
Si on est aventurier, on peut monter à l'arrière. Les cheveux au vent (impossibles à coiffer), le nez dans la poussière, et, comme toujours à l'étroit. Je crois que sur l'arrière du pick-up plus qu'ailleurs, le nombre de passagers maximum est indéfinissable.
Avec Tchaalott, le bambou a voyagé en compagnie d'une armoire en bois mal finie, qui se déplaçait vers la gauche ou vers la droite dans les virages, et d'une petite vieille toute ridée, toute parcheminée, et imperturbable.

Scratch scratch... (le bambou se gratte l'écorce pour trouver des avantages au voyage en pick-up). On évite les cahots... Non. On est protégé de la poussière... Non plus. De la pluie... Seulement parce que c'est la saison sèche.
Non, mais un avantage du voyage au grand air, c'est de pouvoir observer le paysage. Pour photographier en revanche, c'est plus difficile. Faire de l'art, ou s'accrocher, il faut choisir.
Pour prendre des photos du paysage, le plus sûr est sans doute la vache mécanique.
17:47 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
29.01.2008
Sisophon
Début janvier, je suis allée faire un tour à Sisophon.
Quand on arrive à Sisophon, on est au Far West.
On m'avait dit tu verras, Sisophon, c'est vraiment moche.
C'est vrai.
On m'avait dit tu verras, Sisophon, y'a tout le temps des mariages, qui durent trois jours et deux nuits. Surtout deux nuits.
C'est vrai aussi.
Mais à Sisophon, il y a un grand centre Enfants du Mékong. Une batterie de professeurs, des cours supplémentaires de 6h à 18h, et des foyers pour les collégiens et lycéens qui, pour une raison ou pour une autre, ne peuvent pas continuer leur scolarité en restant chez eux.
A Sisophon, il y a une équipe de choc, rassemblée par Martin au fur et à mesure, et à 99% khmère (le pour cent restant, c'est Martin...).
A Sisophon, il y a une bibliothèque, un laboratoire de langues, une salle informatique, des terrains de sport.
A Sisophon, on se repose. De Phnom Penh et du bruit, mais aussi on se décharge d'un peu de découragement qu'on amasse à Phnom Penh.
Comprenez-moi bien, c'est pas que je me sente découragée, mais pour une petite victoire, il y a aussi beaucoup de familles dont la situation stagne, qui n'ont pas compris que si on les aide, il faut avant tout qu'elles s'aident elles-mêmes. Et il y a aussi les nombreux filleuls qui arrêtent, pour se marier, pour travailler, ou parce qu'ils ne sont pas bons à l'école.
Quand on va à Sisophon, on comprend mieux pourquoi la majorité des jeunes parrainés qui deviennent étudiants à Phnom Penh viennent de là-bas.
19:58 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
08.01.2008
Mondolkiri
A l'occasion des vacances de Noël, le bambou a eu la visite de ses parents et de Claire. Du coup, nous avons décidé d'en profiter pour découvrir une région qu'aucun de nous ne connaissait encore, le Mondolkiri.
L'auteur de cet article ne prétend pas supplanter le Lonely Planet, mais tout de même, il est utile de savoir que si l'on souhaite se rendre dans le Mondolkiri, la compagnie de bus Hua Lia propose un départ chaque jour à 7h en saison sèche.
Départ 7h, donc, arrivée 17h30.
C'est une chance que notre entrée dans les "villes" qui bordent la route coïncident avec un repas de la journée.
Muth Kamput, le petit-déjeûner.
Skun, la collation de 10h.
Kampong Cham, on s'arrête juste pour prendre des passagers, et des colis. Je suis déçue parce qu'aucun passager n'insiste pour mettre ses poulets dans les soutes.
Snuol, le déjeûner.
Ensuite, c'est plus difficile. Les "villes" s'espacent. Et comme nous n'avons pas été très prévoyants, nous avons dû sauter la collation de 14h et le goûter. Ca non plus, le Lonely Planet ne le dit pas.
La route se transforme en un bandeau de terre rouge qui coupe les champs d'hévéas, grimpe une colline pour mieux sinuer dans la vallée suivante, et arrose de poussière toute la flore et la faune.
Arrivés à Sen Monorom, nous avons le choix parmi une dizaine de guesthouses et autres hôtels, tous plutôt vides, car les touristes ne sont pas nombreux dans la région.
Le critère déterminant est l'eau chaude. A Sen Monorum, on supporte très bien une petite veste. Et des chaussettes. Et une bonne couche de couvertures la nuit. Et l'eau chaude pourla douche, cela va sans dire.
Il nous faut ensuite organiser notre séjour.
Qu'à cela ne tienne, les employés de la guesthouse font jouer leur carnet d'adresses rien que pour nous. A Sen Monorom, il ne faut pas jouer à l'original. On nous propose un aller-retour à la magnifique cascade de Bou Sra pour le premier jour, et une balade à dos d'éléphant pour le deuxième jour. Après on verra.
Vu que nous sommes de grands originaux, et que nous n'aimons pas suivre les sentiers battus, nous avons fait la balade à dos d'éléphant le premier jour.
Le départ de la balade se fait dans un village phnong, ce qui nous a permis de découvrir quelques-unes de leurs particularités, les habits, et le style des maisons. Les images s'imposent.
Ca, c'est la réponse des Phnongs à la question "New aèna ?".
L'éléphant, c'est finalement - et contrairement à ce qu'on pourrait croire si on se renseigne sur sa taille - un véhicule plutôt maniable. La seule exception, c'est quand il a décidé de manger un tronc de bananier. Et ça arrive plus souvent qu'on croit.
L'éléphant, c'est aussi un animal qui passe partout (se référer à la remarque ci-dessus). Ca grimpe des dénivelés incroyables, droit devant sans une arrière-pensée, et une fois arrivé en haut, il est même pas essoufflé l'éléphant.
L'éléphant, c'est un investissement familial.
Ben oui, dans le Mondolkiri, l'éléphant a une durée de vie plus longue que les gens.
L'éléphant, c'est aussi un animal qui aime bien les bains. Pas comme mon chat (quoi, je vous ai pas parlé de mon chat? Bon, mais je suis une fille d'ordre, alors va falloir patienter, parce qu'il n'a pas participé à notre virée dans le Mondolkiri).
Mais à propos de toutes ces caractéristiques fascinantes de cet animal époustouflant qu'est l'éléphant, le Lonely Planet reste muet.
Comme vous l'aurez deviné - nous sommes des aventuriers, mais pas tant que ça - le deuxième jour, nous avons fait l'aller-retour à la maginifique cascade de Bou Sra (je voulais mettre un éléphant pour vous donner une idée de la hauteur de la cascade, mais j'en avais pas sous la main...).
Tout ça pour dire que le Mondolkiri, c'est pas mal. Et qaund on y va avec ses parents et sa petite soeur qu'on n'a pas vu depuis 5 mois, c'est franchement bien.
Enfin, dernière info, mais d'importance : dans le Mondolkiri, on peut manger de la choucroute. Des frites avec un bon steak. Des spaghettis bolognaise. Des spécialités népalaises.
Ca, le Lonely Planet le dit.
20:10 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note











