23.08.2008
Il est vraiment, il est vraiment ...
Je vous ai déjà parlé de Chanroeun ?
Comme celui de la plupart des étudiants, le récit de sa vie ferait pleurer les bas-reliefs du Preah Khan. Comme la plupart des étudiants, il est hanté par les difficultés que sa famille rencontre au quotidien, et rongé par la culpabilité parce que le fait qu'il soit à Phnom Penh représente un sacrifice pour ses proches. Mais contrairement à la plupart des étudiants, Chanroeun vient spontanément en parler, et ce n'est pas seulement pour pratiquer le français.
Avec les autres, il faut poser des questions, beaucoup de questions. Sur tous les sujets. Et s'estimer heureuse si la réponse fait plus de trois mots.
Alors quand Chhorvorn m'a déballé sa vie par le menu en guise de remerciements le soir où il a appris que sa marraine était ma maman à moi, il ne le savait certainement pas, mais il n'aurait pas pu me faire de plus beau cadeau.
"Tu sais, Eva, aujourd'hui, j'ai fini mes examens.
_ Ah oui ? Et alors, ça s'est bien passé, tu es content de toi Chanroeun ?
_ Oui. Tu sais, Eva, j'ai fait comme tu m'avais dit au 1er semestre : j'ai répondu aux questions avec le plus de points d'abord. Et du coup, j'ai eu le temps de tout faire."
Chanroeun, il a obtenu une bourse pour étudier à l'Université de Droit et Sciences Economiques grâce à ses excellents résultats au bac. Chanroeun, il sait ce qu'il veut faire. Du droit, d'abord, comme son oncle, et malgré le désaccord de son père. Chanroeun, il voudrait être député. Chanroeun, il a un rire tonitruant, et malheureusement pour lui, il a toujours une envie irrépréssible de rire quand Héloïse et moi on fait une annonce, ou qu'on met en place une nouvelle règle au foyer.
C'est Chanroeun qui s'est dénoncé quand on a demandé qui avait pris les paniers en plastique qu'on avait achetés pour mettre les éponges dans la cuisine. Alors qu'on avait bien précisé que ça nous suffisait qu'ils reviennent à leur place. Et cette fois-là aussi, il n'a pas pu s'empêcher de rire.
Il y a un an, Chanroeun ne savait pas un mot de français. Ou alors, si, peut-être "Bonzour" et "Madame".
Aujourd'hui, il cite "bavarder" quand je lui demande un exemple de verbe du Premier Groupe, il lit Cambodge Soir et il écoute RFI. Et tous les trois mois, il écrit une lettre en français à son parrain qui ne lui répond pas, honte sur lui.
"Eva, j'ai les résultats de mon concours.
_ Oui, dis-moi, dis-moi vite. Alors, t'as réussi ? Ca y'est, t'es admis dans la section française ?
_ Ben, euh...
_ Oh mince...
_ Non, Eva, je suis 8ème. Et je vais avoir cours de français dans le groupe des forts.
_ Youhou, mais c'est trop cool !!"
Et je me suis retenue de toutes mes forces pour ne pas le serrer dans mes bras.
11:58 Publié dans Mes ex-colocatétudiants | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note



