24.02.2008
OU Channa
Parfois, je fais une visite de filleul, et c'est un peu le coup de foudre.
Comme OU Channa. OU Channa, c'est un filleul de 18 ans, qui vit près de la voie ferrée au Kilomètre 6 sur la route nationale 5. En deux mots, le fameux programme de Krol Ko dont je vous rebats les oreilles, sauf que Channa n'habite pas au bord de l'eau.
Pendant les distribs, Channa a toujours l'air renfrogné. Il regarde dédaigneusement les autres enfants qui jouent au béret (pas avec un béret cela dit, avec une branche d'arbre...), avec l'air de quelqu'un qui a bien mieux à faire que de s'amuser à attraper une branche. Un peu comme moi quand je regarde Roland Garros à la télé. "Mais qu'est-ce qu'ils ont ces deux-là à se renvoyer la balle comme si c'était une bombe à retardement ? Ils ont qu'à l'offrir au ramasseur de balles qu'à tant l'air d'en vouloir une !"
Et pour cause, Channa, il a mieux à faire.
Channa, il vit avec sa mère toujours absente et son demi grand frère dans une pièce de 16m². Ils partagent l'espace avec une armoire, un ventilateur et une table.
Sur un des murs de la pièce, il y a une porte qui donne sur un escalier ultra riquiqui, étroit et raide comme vous ne pouvez pas imaginer. Quand on a enfin réussi à descendre, on s'aperçoit que la maison a été construite sur pilotis, accoudée à la digue sur laquelle court la voie ferrée. Du coup, en fait, la maison de Channa fait 32m². Une suite royale quoi !
En bas, c'est presque aussi étouffant qu'en haut. D'habitude, le principe de la maison sur pilotis, c'est qu'en dessous, on a un espace ouvert pour faire la cuisine, faire la sieste pendant les heures chaudes de la journée.
Mais voilà, le bord de la voie ferrée est un lieu de villégiature recherché. Du coup, l'espace aéré sous la maison de Channa est fermé de tous côtés par les murs de tôles qui séparent son terrain de celui des voisins.
Channa est parrainé depuis dix ans. A l'époque, c'était un petit bout de chou en Grade 2, et voilà qu'il prépare le bac. Il voulait devenir policier, puis ses perspectives ont pris un autre tour, et il rêve de devenir médecin.
Il était classé 38ème de sa classe, et le voilà 10ème. Sur 50 élèves.
Il passe ses journées à l'école. Ecole publique, puis cours supplémentaires payants, en khmer, maths, bio, physique, chimie, anglais.
Une fois rentré chez lui, il fait la cuisine et révise ses leçons.
Avec tout ça, il trouve encore le temps de jouer au foot ou au volley avec ses amis.
C'est à se demander quand il dort.
Alors effectivement, Channa, il a mieux à faire.
S'il y en a un dont j'espère qu'il sera au foyer des garçons avec le/la prochain(e) bambou en septembre 2008, c'est bien lui.
Le coup de foudre, quoi.
Je crois que c'est surtout le fait que, pour un Channa, j'ai dix ou vingt filleuls qui n'ont pas encore compris que la bambou n'est pas un flic, ni un distributeur illimité, mais quelqu'un qui leur apporte une chance de s'en sortir.
13:20 Publié dans Moto Boulot Dodo | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
23.02.2008
Yok, ât ?
Quand je fais des visites dans des programmes à la campagne, je me rends compte à quel point je suis citadine. Je suis incapable de retenir le nom des arbres, alors que LONG Saroeun et Monorum me les rappellent régulièrement, et surtout, je tombe en admiration devant toutes les bestioles qui me passent sous le nez.
Les petits chats, les petits chiots, quand ils n'ont pas ouvert les yeux et qu'ils se débattent vainement pour retrouver la mamelle de leur mère. Ou plus tard, quand ils se battent pour rire.
Les veaux aussi, à tous les coups, surtout quand ils traversent la route juste devant la moto.
Les chèvres, dans quelques rares villages.
Et les petits poussins et les petits canards.
Les petits canards, ils me font penser à l'affiche de "Le bonheur est dans le pré."
Bon là, évidemment, y'a toujours Monorum qui intervient pour me rappeler l'existence de la grippe aviaire. Et au Cambodge, la grippe aviaire, c'est pas juste une affiche à l'aéroport. Parce que, je vous le demande, qui est-ce qui a décimé les canetons de Sovannarith?
"Vir ngoap ôh !"
Et invariablement, quand je suis là à contempler une portée de chiots ou de chatons, il y a toujours une femme pour me demander : "One yok, ât?"
Tu en prends un?
Et je leur explique que non, qu'à la maison on a déjà un fauve, et que j'en suis déjà esclave.
Mais cette fois-ci, quand la femme avec laquelle je discutais m'a dit "Yok, ât?", je n'ai pas compris. Y'avait pas de chien dans les parages, ni de chat. Ni de canard, ni de poussin, ni de chèvre...
"Yok ât?"
"Yok èy?"
"Yok vea tew barang?" Et j'ai réalisé, en suivant son regard, qu'elle parlait du gamin qui s'aggripait à mes jambes.
18:35 Publié dans Moto Boulot Dodo | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
16.02.2008
De notre correspondante à Taipei
Une fois n'est pas coutume, le Bambou laisse sa plume à son invitée, et les codes secrets en main, je me vois confier la charge intimidante de conter notre semaine en tête à tête...
Je quittai ma chambre d'étudiante par un matin glacial et humide, dans la nuit taiwanaise, sac à dos fièrement accroché, le Cambodge en ligne de mire. taxi, bus, avion... j'endure tout et peu m'importe puisque je pars au Cambodge!!
Je trouvai le soleil quelque part dans les airs, et sous mes yeux, dans l'avion, c'était le Cambodge à l'infini; ses grandes étendues plus souvent ocres que vertes, la majesté de l'eau s'imposant en longues trainées turquoises... Pas même arrivée, j'étais déja éblouie...
Et puis à l'arrivée tardive, surgissant de nulle part, poussant soudainement devant moi, un bambou, mon Bambou. je me jette dans ses bras grand ouverts, m'ennivre des parfums familiers des là bas parisiens, trempés d'ici khmers. et me remets ainsi pour une semaine entière entre les mains expertes de votre chère Bambou...
De cette semaine il y aurait trop à dire, en ballade entre Phnom penh, Siem Reap et Battam bang, sur nos vélos,en bus, en motodop, en tuk tuk ou à motos...
On m'avait bien dit que le Cambodge était différent, on ne m'avait pas menti. Et pourtant, m'y promener avec mon guide personnel n'avait rien de terrifiant, rien de tellement dépaysant. Etrangement, les révélations soudaines venaient d'autre part: par une nuit étoilée, s'étonner de la clarté des étoiles; dans une forêt, à vélo, entre deux temples, regarder le dos de Bambou quelques mètres devant et voir en flashbacks, notre premier jour à sciences-po, notre premier sandwich dans le jardin...
De cette semaine, j'ai beaucoup appris. Que conduire à contre sens sur une route hyper fréquentée n'est pas toujours fatal; que la cnfrontation de l'offre et de la demande détermine effectivemnt les prix; que le hip hop khmèr est prolifique; qu'on ne trouve pas facilement des guitares...
Ce qui m'a frappé, c'est leluxe tapageur des hotels de siem reap et des quartiers riches de Phnom penh, où fleurissent les palaces dégoulinant de kitsch et de dollars... ce qui m'a frappé surtout, c'est qu'à quelques rues seulemnt les gens s'entassent dans des taudis immondes...
Ce qui m'a frpppé aussi c'est la jeunesse de la population. et une fois passée la joie de voir partout d'adorables enfants, vient la désillusion. S'ils portent leurs paniers de livres, leur tas de foulards ou de sacs, s'ils viennent vous aborder, vous parler en anglais avec le sourire, c'est qu'ils ne sont pas à l'école, qu'on les envoie travailler...Alors on ferme ses émotions, on refuse de s’apitoyer, et on prend l’inacceptable pour inévitable, on se ferme comme dans un métro parisien et on prétend ne pas les voir, ne pas les entendre. Et même si le Bambou leur parle, crée un lien, une complicité, à l'arrivée toujours une fois encore, l'enfant demande "some dollars" et le refus catégorique à nouveau s'impose. on perd vite l'espoir qu'il puisse en être autrement...
mais ma venue a également servi de prétexe au Bambou pour une cure intensive de gastronomie occidentale: de vrais steacks, des lasagnes...des petits déjeuners hors compétition... et pour notre dernier soir, un diner en tête à tete, ambiance romantique, perdues au milieu de ces couples amoureux, sirotant un cocktail, sur notre terrasse...
Des temples, il n'y a pas grand chose que l'on puisse dire, ce n'est pas quelque chose dont l'on parle, c'est quelque choce que l'on vit... c'est la sensation qui compte, de se promener hors des sentiers battus par les tongs des touristes, errer entre les arbres et les pierres, tantot rouges, tantot vertes selon les lieux et les caprices de la nature. tourner cent fois dans les plus petits couloirs, s'y perdre, fuir le touriste chinois pour pouvoir prétendre être seule au monde, première à pénétrer dans ces lieux inviolés. Puis dans un autre temple, s'émerveiller étouffée par ces visages immenses et imposants qui vous donnent le tournis, resserés et surchargés, machine à remonter le temps... Danser parmi les apsaras, s'inquiéter des murs qui penchent et des plafonds qui tombent...

A l'arrivée, j'aurai trouvé bien plus au Cambodge que le touriste moyen. J'aurais trouvé une nouvelle culture bien sur, l'émerveillement face au théâtre d'ombres, mais aussi un petit bout de France, et j'aurai retrouvé le confort d'une amitié déja un peu datée...
j'aurai trouvé la joie tout simple et toute douce, de chanter les Wriggles ou son répertoire de chanson francaise du fin fond de son lit dans la nuit de Siem Reap... et qu'importe si plus tard, quelques khmers eurent le sourire aux lèvres en voyant ces deux barang chanter dans la rue...
Tout cela grace à bambou. meric mille fois... je t'admire plus encore pour ce que tu fais, ce que tu es...
Tu es toujours la bienvenue à Taiwan!
15:55 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
New aèna ? (7)
Il est venu le temps de clore cette série. Souvenez-vous d'où nous sommes partis, et regardez où nous atterrissons. A l'opposé de Toul Kork, au sud de Phnom Penh, pas si loin des bâtiments du CPP, du Sénat, du Ministère de l'Intérieur, de l'idyllique Chamcarmon City, se dresse cette horreur.
Le Building.
Julie vous dira qu'il n'y a pas si longtemps, ce bâtiment était considéré comme un fleuron de l'architecture.
Ceux de vous qui ont vu le dernier film de Rithy Panh, "Le papier ne peut pas envelopper la braise" ont une idée du genre de gens qui vivent là : prostituées, trafiquants, gangs, mais aussi des gens qui, attirés par les lumières de la ville, bradent leur lopin de rizière et viennent tenter leur chance à Phnom Penh... pour s'apercevoir que Phnom Penh n'a rien à leur offrir d'autre que le Building.
A l'origine (demandez à Julie de quand ça date, l'origine), le Building avait un frère jumeau. En 2001, la municipalité a estimé que ça ne pouvait plus durer. Elle avait un besoin urgent de liquidités, vous comprenez.
Elle a donc imaginé un plan machiavélique : mettre le feu au Building, et ainsi faire d'une pierre deux coups : se débarrasser de tous les squatteurs qui donnent une si mauvaise réputation au coin, et libérer le terrain pour le vendre aux promoteurs.
Sitôt dit, sitôt fait, et en une nuit, des centaines de familles se sont retrouvées sur le carreau, toutes leurs maigres possessions étaient parties en fumée.
La municipalité, émue face à un si regrettable accident, à offert à chaque famille un terrain de 100 m² et 9 pilônes pour y construire une maison dans un coin perdu à 30 km à l'ouest de Phnom Penh, auquel elle a donné le nom de Samaki.
Solidarité.
Rassurez-vous, Samaki se développe. D'abord, pas moins de 15 ONGs sont venues s'y implanter, parmi lesquelles Enfants du Mékong. Parrainage, école maternelle, église du 7ème jour, et même un centre de tri des déchets (avec des poubelles flambant neuves, mais dont le chef de commune n'a jamais daigné se servir, le centre était trop près de son bureau, l'odeur l'aurait empêché de travailler).
Ensuite, les terrains alentours, qui étaient en 2001 des rizières, sont rachetés par des investisseurs et tous les ouvriers de construction de Samaki sont mobilisés pour y construire des usines ou des entrepôts.
Des fois, vraiment, je me demande pourquoi je m'insurge.
12:58 Publié dans Home Sweet Home | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
01.02.2008
Miroir au mur
Certains de nos étudiants (non mais, v'voyez ça? je me les suis déjà appropriés...) sont de vrais minets. Matin et soir, on est sûr d'en trouver un devant la glace, en train de se coiffer après la douche, ou de se mettre des petites crèmes. Et encore, je crois qu'on n'a aucune idée de l'ampleur du phénomène parce que certains se cachent pour le faire.
C'est pas une critique, moi, je viens de claquer une fortune en cosmétiques...
Non, c'est juste que ça me fait beaucoup rire.
Du coup, l'autre jour, en surprenant Chanroeun devant le miroir, je leur ai raconté l'histoire de Narcisse.
Ils ont bien aimé. Et ça leur a fait penser à une histoire khmère que je m'en vais vous conter.
J'aime bien les histoires khmères.
C'est l'histoire d'un homme qui tombe sur un petit miroir. Mais il n'en a jamais vu, il ne sait pas ce que c'est.
Quand il se regarde dedans, il voit un homme. Tout de suite, il pense que c'est l'esprit de cet objet bizarre qu'il vient de ramasser. Du coup, il construit un autel et fait des offrandes au miroir.
Passant par là, sa femme voit le miroir, et se demande ce que c'est. Elle attrape le miroir et, regardant dedans, voit une belle femme.
"Il a une maîtresse !", se dit-elle immédiatement.
Et, en rage, elle l'apporte à sa mère pour lui demander conseil. Celle-ci prend le miroir, le regarde sous toutes ses coutures et s'offusque :
"Et en plus, elle est plus vieille que moi !"
Et là, Hoh est arrivé pour se peigner devant le miroir.
16:25 Publié dans Mes colocatétudiants | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note







