02.03.2008
Sur les trottoirs de Phnom Penh (3)
Non, Jean-Sien, le prochain article ne parle pas des Pong tia kone. Je sais que tu comprendras, tu connais ma réticence face à ces trucs-là, et je ne parle sur ce blog que de mes expériences. Mais sens toi libre d'utiliser l'espace commentaires pour nous faire part de ce jour merveilleux où tu as mangé un oeuf couvé.
Ouvrez grand vos oreilles, parce que les oeufs grillés non plus, je ne les ai jamais goûtés. Seulement, on ne peut pas vivre 7 mois au Cambodge et ne pas remarquer ces petites carrioles.
Et surtout, impossible de ne pas entendre la petite ritournelle qui les précède et les suit. Toujours le même texte, mais avec des intonations différentes, car c'est le vendeur lui-même qui enregistre le texte à sa fantaisie.
"Pong moan ang
Psom kreung pisèh
Mirn ruhtchiat tchnuoy tchngagn !"
Ca ne vous donne pas l'eau à la bouche ?
Ca veut dire "Achetez mes oeufs grillés ! Ils sont préparés avec juste les épices qui vont bien, ils sentent bon, ils ont bon goût !"
Dans le paysage sonore phnompenhois, les vendeurs de Pong moan ang tiennent à mon avis une place aussi importante que les chiffonniers (coin coin), les vendeurs de kuytiev, les nouilles du petit déj, de la pause de 10h, du goûter, ou du 5ème repas de la journée, pour se caler l'estomac avant d'aller se coucher (tic toc toc tocotoc toc toc tic tic), les vendeurs de glace au durian (ouinouin, ouinouinouinuoin ouinouinouinouinouinouinouinouinouin ; oui, je sais, ça évoque un peu la critique Télérama pour "Il était une fois dans l'Ouest". Je tiens donc à préciser que malgré tout, ce n'est pas de l'harmonica), les 4*4 Lexus (beaucoup de choses dans un seul tut tut), le train PP-BTG (hi-han), et les innombrables travaux (boum boum wizzzzz clap clap tululut).
12:36 Publié dans Scènes de la vie cambodgienne | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
28.02.2008
Roeung Khmaoch
La maison est en ébullition. C'est le dîner, et je sens l'excitation dans leurs voix tandis qu'ils parlent en khmer. Je perçois le mot "khmaoch", à plusieurs reprises...
Et puis, au bout d'un moment, ils acceptent de me mettre au parfum : le CCF diffuse un film khmer très bientôt, une histoire de fantômes !! Une occasion à ne pas louper. Un film khmer au CCF, et des fantômes par-dessus le marché !
D'habitude, le samedi soir au foyer, c'est le moment du film. Et tous les samedis soirs, quand on leur demande ce qu'ils veulent voir, c'est soit un film où les gens se tirent dessus, soit un film drôle, soit un film de fantômes. Peu importe la cohérence de l'histoire, la qualité du film se mesure à la quantité d'hémoglobine en sachet, ou au nombre d'effets spéciaux (terriblement visibles le plus souvent) à la minute.
Donc évidemment, on regarde rarement avec Héloïse. C'est dommage d'ailleurs, parce que nulle part ailleurs je n'ai vu des gens commenter des films comme ils le font. Tout d'un coup, nos étudiants deviennent un peu comme les enfants qu'on emmène voir Guignol au parc.
"Attention, derrière toi, le méchant gendarme avec son bâton!!!!"
Et ça discute, et ça rigole, et il y en a toujours un pour lire les sous-titres anglais et un autre pour les traduire en khmer.
Depuis quelques semaines, on a entrepris d'étoffer un peu la culture cinématographique de ces jeunes. Donc, une fois toutes les trois semaines, c'est nous qui choisissons le film.
Certes, ils sont curieux, mais il y a des limites. Si on leur passait 2001 Odyssée de l'espace, je pense qu'ils nous haïraient.
Du coup, on s'en est tenues à "La Liste de Schindler", et au "Gandhi" d'Attenborough.
Et à chaque fois, on n'est pas déçues. Certes, tous ne sont pas intéressés, mais il y en a toujours quelques-uns qui posent des questions après le film.
Bref, tout ça pour dire qu'il y a un film de fantômes au CCF bientôt. Faut surtout pas rater ça !!
"Eva, you believe in ghosts?" C'est Savy le curieux, Savy le contestataire...
"Euh... You know in France, there are no ghosts. Are there ghosts in this house?"
"No, not here." Là, je crois qu'il dit ça pour me rassurer. Il voit bien que flippe. Seulement ça ne marche pas. Les filles qui vivaient là avant, elles m'en ont bien donné une dizaine, de preuves de la présence de fantômes. Bon, c'est vrai, elles m'ont aussi dit qu'il y en avait moins depuis qu'il y avait plus d'éclairages dans la cour. "But in my province, there is a lot of ghosts."
"..."
Et là, Savy est comme frappé par une révélation. "But you know Eva, maybe you have already met a ghost, but you are not able to recognize it. Like my aunt, she told me that one time, a ghost came knocking at her door at midnight, pretending to be the neighbour. He came in, and they discussed for hours, but the ghost said only yes or no."
Dans le doute, j'ai attrapé le bras de Savy pour m'assurer que c'était pas un fantôme. Un peu comme on se pince pour savoir si on dort.
Et puis après, je me suis fait la réflexion qu'il n'y avait pas de risque. Ils parlent bien trop mes étudiants.
18:29 Publié dans Mes colocatétudiants, Scènes de la vie cambodgienne | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
27.02.2008
Anet
J'étais là, assis sur un banc, c'était au printemps. Bon, c'est pas vrai, c'était un siège confortable, en osier, plein de coussins, sur la terrasse d'un café du Quai Sisowath.
Faut pas croire, le week-end, le Bambou quitte le quartier huppé de Toul Kork pour se mêler aux touristes et à la plèbe qui fréquente le centre.
Eugénie était là aussi.
On sirotait un jus d'ananas, en devisant gaiement, et j'éconduisais impitoyablement les enfants des rues qui venaient nous proposer le top 10 des Livres-sur-la-période-khmère-rouge.
"Khniom mirn haeuy." "Khniom ât tign té."
De temps en temps, une serveuse tout aussi impitoyable disait dans un khmer châtié à ces enfants de dégager leurs fesses de là et de ne pas déranger les clients.
Et puis est arrivée une fille un peu plus opiniâtre que les autres, mais qui, comme tous les autres, demandait quelques centaines de riels.
Il faut reconnaître que ces gamins ont de la tchatche.
Il n'y avait rien de comestible à grapiller sur notre table, alors elle a tendu le doigt vers mon verre vide, dans lequel fondaient quelques glaçons. Elle en était là.
Petit à petit, la conversation s'est engagée. Un glaçon, une question, un glaçon, une réponse.
Du coup, on a appris qu'elle avait 14 ans (elle en faisait 10), que son père était décédé. Un glaçon. Que sa mère ne gagnait rien, et qu'elle devait ramener un peu d'argent à la maison sans quoi sa mère la battait. Qu'elle allait à l'école le matin, mais qu'elle devait travailler l'après-midi.
Ensuite, elle m'a demandé d'où venait mon collier. Une amie me l'a offert. Cette amie-là? m'a-t-elle demandé en voyant Eugénie. Non, une autre. Ah, tu as beaucoup d'amie. Moi, je n'en ai pas une seule. Un glaçon.
Et tous les trois ou quatre glaçons (les serveurs khmers sont généreux en glaçons), elle nous demandait un peu d'argent.
Eugénie était dubitative. Moi, je me disais juste que cette petite fille n'était qu'une potentielle filleule parmi tant d'autres.
Mais quoi qu'il en soit, je ne donne pas d'argent aux gamins des rues. A manger ou à boire, parfois.
Un glaçon, une question. Un glaçon, une réponse.
A la fin, quand même, elle a vu qu'elle ne tirerait rien de nous. Et elle avait fini les glaçons.
"Bang srèy ât anet neak krèy krâ !". Toi, tu n'as aucune pitié pour les gens pauvres !
20:11 Publié dans Scènes de la vie cambodgienne | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
26.02.2008
Sur les trottoirs de Phnom Penh (2)
Le must, c'est le teukelok.
A partir de 17h, les trottoirs se couvrent d'étals qui ressemblent à celui-ci :
Et où l'on peut consommer un verre de teukelok. Comme son nom ne l'indique pas, Le teukelok est un mélange subtilement dosé de fruit(s) mixé(s) avec du lait concentré, de la glace pilée, et du sucre et des oeufs pour les plus gourmands.
Une fois sélectionnés les fruits et passée la commande, on peut aller s'asseoir sur un petit tabouret bleu. Ou rouge.
Ca coûte 2000 riels hors Nouvel An chinois.
A mon avis, fruit du jacquier avec une pointe de citron vert, c'est le top !
10:45 Publié dans Scènes de la vie cambodgienne | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
25.02.2008
Campagne
Depuis que nous avons déménagé, notre ancienne maison est devenue comme ça :
Les panneaux de partis politiques fleurissent dans tout le Cambodge, en prévision des élections législatives qui auront lieu en juillet. Les adhérents au Cambodian People's Party, au FUNCINPEC, au Parti Sam Rainsy, au Parti des Droits de l'homme, ou à tant d'autres, affichent leur préférence à l'aide de panneaux bleus, ou pour les plus pauvres, d'autocollants visibles pour toute personne qui entre dans la maison.
Mais surtout, les partis politiques ont trouvé le moyen de récolter des voix facilement. Ici, les participants à un meeting recevront un sac de riz, des sarongs, voire même 10 000 riels à titre d'indemnités pour leur déplacement.
Là, c'est une route ou un pont qui est offert gracieusement aux riverains, et un autre immense panneau témoigne de la générosité des donateurs.
Sur la route de Takhmao, j'ai même vu un panneau qui proclamait, en lettres khmères d'un mètre de haut : "Nous avons une route [quand je suis passée, la route était à l'état de chemin de terre, ndlr], nous avons un pont. Nous avons de l'espoir."
Cette période est aussi celle de la débandade de nombreux membres du FUNCINPEC et du PSR, qui rejoignent les rangs du CPP... et donc, le prétexte à de nombreuses accusations dont personne ne cherche à savoir si elles sont fondées ou pas.
Et tout ça pour quoi?
Six mois avant les élections, personne ne doute de leur résultat.
Et surtout pas Samdech Hun Sen 1er.
10:25 Publié dans Scènes de la vie cambodgienne | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note






