22.03.2008

Le toit de la maison de Phat Thon

"One, où est l'argent que le parrain m'a promis pour réparer le toit?"
Je manque m'étouffer. Je ne suis au Cambodge que depuis quelques semaines, et ma compréhension orale en khmer laisse encore à désirer, mais l'attitude de la petite grand-mère qui me toise est très explicite. Pour elle, le parrainage est un dû. Elle doit aussi penser que dans "le pays des autres", l'argent pousse sur les arbres, que le parrain a plein de billets de 100$ dans le tiroir de sa table de nuit, et qu'il pourra sans problème lui en envoyer quelques-uns.

"Le parrain est venu en mars, il a promis de donner l'argent pour réparer le toit avant la saison des pluies. Maintenant, il pleut à l'intérieur."
Je regarde HO Saroeun, qui ne vient pas à mon secours.

"Yiey, et si le parrain ne peut pas envoyer toute la somme nécessaire pour les réparations, est-ce que vous pouvez participer?"
Elle est catégorique : "Moi, je n'ai pas d'argent. Si le parrain envoie la moitié de la somme, alors je répare la moitié du toit. Mais regarde One, il pleut dans la maison."

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PHAT Thon est une jolie jeune fille de 14 ans, qui vit avec ses grands-parents car ses parents, divorcés sont tous les deux remariés. Les grands-parents vendent du kuytiev dans le village de Prey Kol, et effectivement, leur salaire n'est pas très élevé, quelques milliers de riels par jour.
Ils possèdent aussi une rizière, mais ils n'ont pas beaucoup de force et la récolte n'est pas très bonne.

Du coup, j'ai écrit la lettre au parrain, en joignant le devis pour les réparations du toit.

 

Le mois dernier, le parrain a envoyé 400$ conformément au devis que je lui avais envoyé. Lors de la distribution, j'ai donné la totalité à PHAT Thon, huit billets de 50$.

Et voilà que, hier, lorsque LONG Saroeun et moi sommes allés constater l'avancée des travaux, la vieille maison avait entièrement disparu. A la place, il y avait des pilônes en béton pour faire une maison sur pilotis, et de nombreuses planches de bois. Pas une tôle à l'horizon pour faire le toit, en revanche.

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"Yiey, d'où vient l'argent pour construire la maison ? Les 400 $ du parrain n'ont pas pu vous permettre d'acheter tout ce bois.
_ Non, One, tu ne m'as donné que 350 $ ! Des membres de la famille nous ont aidé à hauteur de 200 $. Nous avons emprunté encore 500 $ aux voisins dans le village en attendant d'avoir vendu la rizière. Un acheteur a posé une option, il nous en donne 1200 $. Pour l'instant, nous n'avons pu acheter que le bois, parce que tout augmente."

Là, j'ai du mal à décider comment je vais réagir.

Parce que la grand-mère m'a menti en disant qu'elle ne pouvait trouver d'argent nulle part.
Parce que, comme tant d'autres et comme d'habitude, sans penser à demain, ils ont vendu une rizière. Parce que l'an prochain leur récolte sera encore moins importante, alors que le riz est si cher, 32$ les 50 kgs aux dernières nouvelles (contre 14$ à la même époque l'an dernier, et ça augmente de jour en jour).
Parce qu'après avoir dépensé 2000 $ pour construire une maison sur pilotis de 2,50 m, la grand-mère reviendra me voir en disant : "One, pourquoi tu as arrêté le parrainage, nous n'avons rien à manger et rien pour payer les fournitures scolaires de Thon."
Parce que la filleule est relativement bonne élève.
Parce que le parrain est impliqué, prêt à aider sa filleule pour lui permettre d'avoir un meilleur avenir, mais que les grands-parents n'ont pas compris à qui devait profiter le parrainage.

Parce que si je continue le parrainage, c'est (permettez-moi de dire un gros mot) de l'assistanat.

21.03.2008

SUON Vitey

"Bang Srey, je m'étonne...
_ ... " Vitey louche sur le tas d'enveloppes colorées envoyées par les parrains, et que je donne à leur destinataire pendant la distribution.
"Bang Srey, je m'étonne parce que ma marraine, elle ne m'a jamais envoyé de lettre."

Que lui dire? Nous exhortons nos filleuls à écrire une lettre tous les trois mois, alors que ce n'est pas dans leurs habitudes. Comme le dit le dossier de parrainage (parce que maintenant, je suis marraine), le parrain est vraisemblablement le seul correspondant que l'enfant aura de toute sa vie.

Mais nous ne pouvons pas exhorter les parrains à écrire.

J'avais promis une marraine à Vireak s'il apprenait à lire en trois mois. Qu'il reçoive une lettre d'elle, et puisse la lire lui-même, c'est une belle récompense.
Vireak a appris à lire. Il a une marraine. Mais ironie du sort, la marraine de Vireak est... un cabinet de gestion immobilière.

19.03.2008

Au commencement

Au commencement, il y eut Biscotte. Biscotte, elle avait une fourrure toute douce, marron tigré, et elle tenait presque dans ma main. Elle a passé les deux heures de voiture qui séparent Takéo de Phnom Penh endormie dans mon krama.

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Il y eut un soir, il y eut un matin. Biscotte n'avait pas grossi d'un poil. Elle me prenait pour sa mère, et elle passait le plus clair de son temps à téter mes doigts, parce qu'elle n'avait pas compris que le lait se trouvait dans la coupelle au pied du lit.

Il y eut un soir, il y eut un matin, et Biscotte commença d'explorer la maison. Bien sûr, elle avait un peu de mal avec les escaliers à la cambodgienne. Mais c'est le cas de tous les nouveaux arrivants. Moi-même, quand je visite une maison de filleul, je monte et descends les escaliers à quatre pattes.

Il y eut un soir, il y eut un matin, et ce matin était celui de mon départ pour le village. Ce jour-là, Biscotte trouva la porte-fenêtre du deuxième étage, et ce fut la fin de Biscotte.
Enfin, en ce qui me concerne.

 

Mais comme j'ai toujours rêvé d'avoir un chat, et que mes parents m'ont toujours dit que non, un chat en appartement ça n'est pas une bonne idée, et en plus, c'est nous qui allons nous retrouver à nettoyer la litière, et à lui donner les croquettes, et il va devenir gros et gras, je me suis dit que c'était le moment, et je ne me suis pas laissée décourager par cette première tentative malheureuse.

Donc, après Biscotte, il y a eu Tarabiscotte.

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Les adeptes de Freud vont se régaler, mais je dirai pour ma défense que c'était une idée d'Eugénie, et qu'on ne met pas au placard les idées d'amies comme ça. Même pour Freud.

De toute façon, personne en l'appelle comme ça. Moi, je l'appelle le chat. Avec les variantes. T'es bête le chat. T'es folle le chat. Tu m'embêtes le chat.
J'ai envie de t'embêter le chat.

Les garçons lui ont trouvé un nom, mais ils ne veulent pas me le dire. Je crois qu'ils l'appellent Eva, mais d'abord ils vérifient que je ne suis pas dans les parages.

Et Héloïse, qui objectait que Tarabiscotte ça n'irait pas, parce qu'un chat ne peut pas répondre à un nom pareil c'est trop long, elle a opté pour Jolly Jumper. Les voies d'Héloïse sont impénétrables.

Comme si un chat pouvait répondre à un nom comme ça.

18.03.2008

Ca faisait longtemps...

Le khmer est une langue imagée...

Mais il faut arriver à prendre des photos parlantes, et les 

eKaynþ

ne courent pas les rues à Phnom Penh. Dans la région, un filleul qui en possède un n'est plus un filleul.

Ca se prononce /kooyun/ et on peut le traduire grossièrement par "vache mécanique", parce que ça remplace avantageusement (enfin, pas en période de flambée des prix du pétrole) les boeufs pour travailler la rizière. Le kooyun peut aussi servir de bibliothèque ambulante, de bac pendant la saison des pluies, ou, attelé à une charrette, à transporter un peu tout ce que vous pouvez imaginer.

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YUM Mala

L'autre jour, avec Monsieur LONG Saroeun, nous sommes allés rendre visite à YUM Mala.
Aller chez Mala, c'est une expédition. Une heure et quart de route, d'abord au milieu des usines, puis au milieu de nulle part. Des rizières calcinées, et d'autres remblayées, parce que là-bas aussi, les paysans vendent leur rizière pour quelques milliers de dollars.

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Mala est un tout petit bout de fille de 17 ans. Elle habite dans un joli petit village, dans une belle maison au toit en tuiles, construite en bois de palmier, très résistant.

Son père est militaire, sa mère travaille dans une usine textile. Leurs revenus sont corrects, et ils possèdent une rizière qui leur fournit une bonne partie du riz qu'ils consomment chaque année.

Si Mala a besoin d'un parrainage, c'est parce qu'elle est diabétique. Tous les matins, avant de se rendre à l'école, son père lui fait une piqûre d'insuline. Il faut conserver l'insuline au frais, alors tous les matins, son père va acheter un bloc de glace pour mettre dans la glacière.

Mais voilà, Mala a décidé d'arrêter l'école. Elle est en Grade 9, et son collège est à 4 kilomètres de la maison. En vélo, sur les routes cabossées et à cause de la fatigue, il lui faut une heure pour aller à l'école. Alors, même si elle est bonne à l'école et qu'elle obtient le diplôme, elle ne pourra jamais aller au lycée qui se trouve à 20 kilomètres.

Pour continuer d'aider Mala et sa famille, nous avons décidé de faire un transfert de parrainage vers son grand petit frère, Sao Nith, qui est lui aussi en Grade 9.