17.05.2008

Cambodian Dream

"Lady, moto?" Ca tombe bien, je suis un peu loin pour rentrer à pied et la pluie menace. Je tourne la tête et vois un petit Khmer à la chemise déchirée sur une moto étincelante et manifestement neuve. Assez atypique.
"Puu, tu as vendu une terre pour acheter ta moto?"
Le mototaxi acquiesce. Avant d'essayer de m'arracher 2 000 riels de plus que le prix habituel, sous prétexte que l'essence est chère.

 "Et dis-moi, combien l'as-tu achetée?
_ 1400 $. Neuve. C'est une Série 2007."

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Au Cambodge, la spéculation foncière bat son plein. Et les petits agriculteurs qui n'arrivent pas à joindre les deux bouts avec leur demi-hectare de rizière sont très tentés de la vendre pour se faire chercheur d'or à Phnom Penh. Une fois la vente achevée, l'agriculteur reconverti s'empresse de faire ses paquets, en emballant le prix de la vente, en cash bien sûr, dans un krama, et s'en va à la capitale. Et là, comme posséder une Dream sérombèy est le comble de la classe, ils achètent eux aussi une Dream sérombèy. Quel que soit le prix. De toute façon, ils seront bientôt riches.

Selon le Cambodge Soir, ces motos sont vendues plus vite qu'Honda ne peut les produire. Et c'est comme ça que les prix de la Dream série 2008 sont passés de 1600 à 2200 $ en quelques mois. Et c'est comme ça qu'un agriculteur qui pensait pouvoir se faire construire une villa à Phnom Penh d'ici deux ans se retrouve motodup à vie.

DSK avait raison

L'homo oeconomicus existe. Mais si, vous savez, cet homme idéal, rationnel de A à Z, qui fait ses courses sur un marché où les prix sont déterminés par le jeu de l'offre et de la demande ?

DSK nous l'avait dit, mais on avait du mal à y croire. On le mettait au rang de légendes comme le Dahut ou l'Abominable Homme des Neiges.

Je vais vous faire une confidence. Mais d'abord, il faut me promettre de ne pas trop en parler autour de vous, parce que si cette nouvelle se répandait, l'habitat naturel de l'homo oeconomicus en serait tout bouleversé. C'est déjà pas loin d'être le cas depuis que KFC s'est installé Boulevard Monivong.

Ouvrez grandes vos oreilles, mais restez discrets, voilà le scoop : l'homo oeconomicus n'est pas un être de légende, il existe bel et bien et vit au Cambodge où il prospère.

 

Sous les traits d'une ming autoritaire aussi bien que d'un petit garçon alléché par la perspective d'engloutir un num paw ou du look ta qui regonfle mes roues de moto de temps en temps, on le rencontre à tous les coins de rue. Il n'y a que peu d'endroits où l'homo oeconomicus se garde d'aller.

Pendant plusieurs mois, je l'ai observé en douce, usant de toutes les ruses, pour devenir moi aussi un parfait homo oeconomicus.

Et voici les résultats de mon enquête :
Remarque préliminaire : Ce n'est pas pour rien qu'on parle du "jeu" de l'offre et de la demande. Comme un bon joueur de poker, l'homo oeconomicus sait rester impassible quand il bluffe.
Donc, étape n°1 : Faire son choix. Ne SURTOUT pas révéler le fond de son coeur. Par exemple, ne pas s'écrier avec entrain "Oooooooooh, Héloïse, t'as vu ? J'adooooooooore ces chaussures !!", mais plutôt, en gardant un visage uni et une bouche pincée : "Cette vendeuse n'a rien de potable."
Etape n°2 : bien observer l'article pour en déceler tous les défauts, avant de le reposer.
Etape n°3 : engager la discussion avec la vendeuse sur un tout autre sujet (ce que DSK n'avait pas pris en compte, c'est que tout rationnel qu'il soit, l'homo oeconomicus perd beaucoup de temps dans la transaction. En même temps, après 10 mois au Cambodge, on est bien obligés de convenir du fait que, tout imperméable qu'elle soit, les Khmers ont une logique bien à eux). La pluie et le beau temps font l'affaire, mais il vaut mieux parler des enfants qui poussent, ou de l'endroit où vous travailez et comment vous avez appris le khmer. Point essentiel en tout cas : mener cette conversation en khmer.
Etape n°4 (et étape cruciale, on est au Cambodge) : faire rire votre interlocuteur.
Remarque intermédiaire : pendant les étapes 3 et 4, regarder ailleurs sans perdre de vue l'objet convoité.
Etape n°5 : aborder le coeur du sujet ("Thlay mane?" - combien ça coûte) en éteignant toute étincelle avide qui risquerait d'embraser la prunelle de vos yeux.
Etape n°6 : à l'annonce du prix de la paire de chaussures de vos rêves, prendre un air pensif, puis déclarer avec aplomb (même si ça n'est pas vrai) qu'elles ne valent pas ce prix.
Etape n°7 : faire part à la vendeuse de tout ces défauts que vous avez recencés l'étape 2.
Remarque n°3 : Généralement, à ce stade de la discussion, la vendeuse vous refile le bébé : "Bang aoy mane?" - combien es-tu prête à payer pour cette merveille?.
Etape n°8 : Annoncer un prix franchement bas, pour lui montrer que certes, je suis Blanche, mais je me fais pas avoir, je sais ce que valent les choses, et ton prix est clairement excessif. Là, elle prend un air dégoûté devant tant de bassesse. Mais généralement aussi, elle baisse un peu le prix qu'elle avait proposé.
Etape n°9 : accepter d'augmenter un peu le prix. Répéter jusqu'à ce que les deux parties aient trouvé un accord.
Etape n°10 (optionnelle, si la vendeuse n'a pas compris le message à l'étape n°8) : Dire "C'est dommage, elles commençaient à me plaire, mais elles sont vraiment trop chère", et s'éloigner vers un autre étal. Si la vendeuse a vraiment exagéré le prix comme vous le pressentiez, elle vous rappelle aussi sec et vous fait une offre correcte. Revenir alors à l'étape n°9.

Et voilà comment, en 9 étapes plus une, l'homo oeconomicus fait se rencontrer l'offre et la demande.

30.04.2008

De la difficulté de trouver des responsables locaux au Cambodge

Dimanche, une fois passée la grosse chaleur, j'ai décidé d'aller me promener.

Je n'avais pas tout à fait de but, juste envie de sortir de chez moi sans prendre la moto, pour une fois, et de découvrir ces coins de Tuol Kork qui ne ressemblent pas au voisinage huppé du bureau.

Inutile d'aller bien loin. Au coin de la rue, il y a un Vietnamien qui vit des ordures que ramassent pour lui une vingtaine de familles de chiffonniers, et qu'il expédie ensuite au Vietnam pour être recyclées.

Puis, à encore cinq minutes de marche, il y a la voie ferrée, sur le bord de laquelle se concentre toute la misère du Cambodge.

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Enfin, je suis rentrée dans la pagode de Niek Voine. Dans l'enceinte de la pagode, il y avait une école mal en point, la cour jonchée de détritus.

"Hello, hello", m'ont dit les enfants qui jouaient là.
Et on a engagé la conversation. La plus grande d'entre eux m'a expliqué que l'école était fermée, parce que c'était dimanche. Vu qu'elle me tendait une perche, j'ai dégainé le lexique que je maîtrise le mieux en khmer, celui qui tourne autour de l'école. Et appris qu'elle n'allait pas à l'école, qu'elle y avait été quelques années, mais qu'ensuite, en tant qu'aînée, il avait fallu qu'elle aide sa maman à s'occuper de ses petits frères et soeurs (les autres enfants qui jouaient là).

On s'est baladés un peu, une des petites filles irkait de dégoût parce qu'elle avait posé son pied nu dans la bouillasse qui, au Cambodge, cède toujours à la pluie, et qu'il était tout sale.

J'ai sorti mon appareil, et ils se sont tous agglutinés sur les marches de la pagode pour que je prenne une belle photo de groupe. Puis, il y a eu la phase de commentaire de la photo, celle où on regrette toujours de ne pas avoir un deuxième appareil caché dans la manche.

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Ensuite, je leur ai faussé compagnie pour continuer ma balade.

Et là, comme ça arrive souvent quand on est Blanche et qu'on se balade dans une pagode, j'ai été hélée par un groupe de bonze. Ils n'étaient pas en grand apparat, plutôt l'équivalent du krama de mes étudiants quand il fait trop chaud, mais version safran.
Et ils étaient là, à discuter, à fumer, à rire, à jouer avec leurs téléphones portables. Je les ai prévenus, en khmer, je n,e maîtrise pas le langage qu'on emploie pour parler aux bonzes, mais ils avaient plutôt envie de pratiquer leur anglais.

"Are you a tourist?"
"Ah, you work in an organization? What does your organization do?"
"Do you need monks in your organization? Because I would like to help poor children go to school."

Là, je leur ai dit qu'Enfants du Mékong n'avait pas besoin d'eux, mais que les enfants qui avaient besoin d'aide n'étaient pas si difficiles à trouver, qu'il y en avait plein la pagode, et que s'ils avaient un peu de temps à leur consacrer, ils pourraient leur donner des cours de lecture et de maths, et de tout ce qu'ils pourraient leur enseigner.

Je ne sais pas à quel moment de ma tirade je les ai perdus. Quand j'ai parlé d'initiative personnelle peut-être ?

27.04.2008

Après le réconfort...

Le calendrier khmer ressemble à un beau morceau de gruyère. En tout, 27 jours de congés, et si par malheur l'un d'entre eux tombe sur un samedi ou un dimanche, alors on le reporte au prochain jour travaillé, pour en profiter pleinement.

En avril, il y a eu le Nouvel An khmer, qui dure officiellement trois jours, mais a paralysé les Programmes Enfants pendant une semaine.
En mai, il y a l'anniversaire du Roi Sihamoni (pauvre reine mère, si je comprends bien, il lui a fallu trois jours pour accoucher), la Fête du travail (qu'on fête au Cambodge au même titre que la Journée internationale de la Femme, celle des Enfants, celle des Droits de l'Homme), et Visak Bochea, une fête bouddhiste.

Comme vous allez le constater, pendant les rares périodes où on travaille au Cambodge, il faut mettre les bouchées doubles.

 

RECIT D'UNE SEMAINE CHARGEE

1524524486.jpgVendredi 18, ce sont plutôt les enfants de Champus Khaèk qui travaillent que Monorum et moi. Avant la distribution, tour à tour ou en groupe, les enfants chantent devant leurs co-filleuls, à la grande fierté de toutes les mamans et marraine réunies. "Motenapheap tchea khmaè !"
Les petites nouvelles sont encore un peu timides. Mithona se tient la tête des deux mains parce qu'il sait qu'il va devoir chanter deux fois plus que tous les autres...

Pendant ce temps, au foyer des garçons déserté par les garçons, un gardien désoeuvré passe le balai.

 

Samedi 19 et dimanche 20, c'est le dernier week-end de Gonzague à Phnom Penh après un an passé à Banteay Chmaar. Tchaalott est là aussi, qui a des galères de visa. Au programme, la tournée des grands ducs, pour nous assurer que Gonzague est apte à atterrir sur le sol français : le marché russe (et nous nous apercevons avec soulagement que Gonzague n'a pas perdu son instinct de consommateur), les meilleurs restaurants de la ville (Gonzague mange du riz et de la soupe de feuilles depuis un an, mais il est encore tout à fait capable d'engloutir un bon steak), et le Palais Royal (malgré un an en immersion au Far West du Cambodge, Gonzague n'a rien oublié des principes de base du tourisme de masse. La preuve en images lors du prochain séjour de Tchaalott à Phnom Penh).

Les étudiants reviennent au compte-goutte, à la fois heureux d'avoir pu rentrer chez eux et voir leur famille, et tristes de voir à quel point la vie est difficile là-bas, avec l'inflation et les sacrifices engendrés par leur départ à Phnom Penh.
Rares sont ceux qui ont vraiment joué aux jeux traditionnels, dansé, ou participé aux batailles de talc. Pour la plupart, ils sont restés chez eux, à raconter à leur famille et à leurs amis de lycée curieux leur vie à Phnom Penh.
Veasna, qui s'est caché derrière Socheat pour me faire une surprise, raconte à ses colocataires comment ses parents utilisent de l'eau de pluie sans même la faire bouillir...
Mongkrath, qui a perdu son père, a passé les vacances à construire un poulailler et à nourrir les poules.

A mon grand soulagement, la maison se remplit à nouveau de chants, de rires, de grincements de freins de vélo, de "Pros pros, si baay !".

 

Lundi 21, distribution à Krol Ko. Les deux petits nouveaux sont au rendez-vous.
Il y a Srey Noch, la nièce de KHUN Manith, qui est orpheline et séropositive, et qui ne participe pas aux jeux parce qu'elle est trop petite et trop faible, me dit Monorum.

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Il y a aussi Sim Aun, le beau garçon à la peau claire, qui vit au bord du fleuve dans une cabane et qui me sourit à chaque fois que nos regards se croisent pour me montrer combien il est heureux d'être là.

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TOUCH Phally, la prof qui dispense les cours de soutien, nous présente un garçon qui vit à la pagode, et dont elle a pitié. Elle voudrait que nous le parrainions.
Nous faisons une visite. Il vit avec son grand frère qui est étudiant de 3ème année en économie à l'URDSE (Université Royale de Droit et Sciences Economiques). Leur père est décédé, leur mère ("Maè tchmuoh èy?
_ Maè tchmuoh TOUCH Phally.
_ Oh, dooc neak kru ? 
_ Baat, pontaè neak pséng.") vit à Kompong Cham avec son nouveau mari motodup. Elle leur donne un peu d'argent de temps en temps. Les frais de scolarité du grand frère (450$) sont payés par un oncle. Le garçon n'est pas très bon à l'école, mais si l'on accepte que c'est bien un quelqu'un indéfinissable qui a demandé à garer sa moto dans leur minuscule chambre, et qui y a aussi entreposé un ordinateur qui, me dit-on, ne fonctionne pas de toute façon, alors oui, ces garçons pourraient bien avoir besoin d'un parrainage.

Somnang est à l'école, mais son petit frère fait le clown pour nous retenir, si bien que notre coeur se fend à l'idée de remettre la visite au lendemain.

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Mardi 22, Saroeun et moi rendons visite à Sokchea qui, la dernière fois qu'elle nous a vus, a omis de nous informer qu'elle se mariait, et qui, pendant le début de la visite, répond à nos questions comme si de rien n'était, alors que le papier officiel qui les déclare mari et femme trône sur le pas de la porte.
Finalement, tout de même, je ressens le besoin d'accélérer un peu les choses:
" Où est ton mari maintenant ?" Sokchea panique, ne répond d'abord pas, puis bredouille un timide "Demande à ma mère, bang srèy."

Pendant ce temps, Monorum apprend à Krol Ko que les deux jeunes auxquels nous avons rendu visite la veille sont bien les fils de notre professeur de khmer, Neak Kru Phally. Je bouillonne et envisage de la licencier...
Quant aux étudiants du CIST, ils échappent à un examen cruellement promis pour la rentrée. Ils ont une semaine de répit.

 

Mercredi 23, nous faisons une fois de plus les frais de l'augmentation du litre d'essence. Notre chauffeur habituel nous demande 10$ de plus pour nous emmener à Takéo.
Je suis prête à tout accepter pour voir Dara, qui a un parrainage.

Lorsque nous arrivons vers 10h, tous les filleuls nous attendent, les anciens comme les nouveaux. Mais celui que tout de suite j'ai cherché des yeux, je ne le vois pas.
Vicheka a déménagé sur un terrain bien aéré, au bord du lac recouvert de lotus. Grâce à un supplément de sa marraine et à son épargne, la famille a pu acheter des pilotis pour élever la maison à un mètre du sol.

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Comme Dara n'est toujours pas là à 15h, je convaincs Saroeun de convaincre le chauffeur de faire un détour. Et c'est l'occasion de revoir la maison abîmée, vide, perdue au milieu de nulle part, et la famille qui l'habite. Le père de Dara, dont le corps est toujours couvert de plaques affreuses, rouge vif, et dont le docteur me dit qu'on appelle ça la lèpre. Les petites soeurs de Dara, qui n'ont rien d'autre à faire toute la journée que de dormir.
Et Dara, qui n'est pas venu parce qu'il est tout faible, en état d'hypoglycémie, et qu'il n'a pas de vélo pour parcourir les 5 kilomètres qui le séparent du lieu de distribution.

 

Jeudi 24, je dup Monorum à tombeau ouvert le long de la Route Nationale 6, direction le village de Knong, commune de Prek Tameak, district de Ksach Kandal. Une fois passé le bac et observé l'avancement du pont, je guette le long de la route des têtes familières, mais je n'en vois pas.
VONN Chovine va bien, sa famille est toujours aussi accueillante et joviale. Surtout lorsqu'ils apprennent que je suis une "fille du pays".
HOEN Theary ne s'est toujours pas inscrit à ces cours d'informatique dont il me parle depuis 7 mois. C'est parce que les 40$ que je lui apporte tous les trois mois, il les donne à sa mère, et il n'est pas capable de me dire ce qu'elle en fait. La dernière fois, elle lui a acheté une bague en or. C'est un moyen très répandu au Cambodge d'épargner de l'argent.
"Veux-tu qu'on aille ensemble t'inscrire?
_ Inutile bang srèy, je peux le faire moi-même.
_ Tu comprends, je serais tellement déçue de revenir dans trois mois et d'apprendre qu'entre le moment où je suis arrivée au Cambodge et celui où j'en pars, je n'ai pas pu t'aider à réaliser ton rêve d'apprendre l'informatique."

Ce soir-là, à la maison, il y a ceux qui bossent dur (Sothea et Héloïse)

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Et ceux qui farnientent, parce que c'est pas encore fini les vacances, non mais d'abord ! (Sokkea, alias Mister President, et Mongkrath)

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Vendredi 25, c'est au tour des filleuls de Phnom Penh de recevoir en plus de leur parrainage une bouteille de teuk kroch.
Je fais un sondage pour savoir quels sont les filleuls intéressés par une formation professionnelle. Généralement, les filles ont été séduites (choix ô combien original) par les formations d'esthéticienne. CHHOM Bounthy avec ses héhé coutumiers, m'informe qu'il souhaite devenir électricien. Il passe le bac cette année, il est vraiment important de le caser quelque part.
Je confie NORNG Deth, qui s'est blessé au pied avec un couteau et a emballé tout ça dans un lambeau de tissu dégueulasse, aux bons soins de Marie-Antoinette. Elle parle français ou anglais, lui exclusivement khmer, mais il n'est pas effarouché pour deux sous.

Samedi 26, toute la troupe Enfants du Mékong se transporte (qui à vélo, qui à moto) au CCF, pour un concert de musique mahori (comprendre pré-angkorienne, pas originaire de Nouvelle-Zélande). Savy découvre avec douleur qu'à la cafétéria du CCF, le jus de canne ne coûte pas 500 riels comme dans la rue, mais 1$.
C'est le moment que choisit le ciel pour déverser sur Phnom Penh un déluge qui, plutôt que de tout nettoyer (la ville est ainsi faite), pousse les égoûts à dégorger toutes leurs saletés. Après un retour épique, les pieds et les roues immergées sous 20 cm de flotte, nous arrivons enfin à la maison, où nous croyions avoir enfin éliminé tout risque d'attraper la dengue. Las, la pluie a formé dans la cour (et dans ma chambre aussi par la même occasion) une piscine à la surface de laquelle flottent des rats en train de faire la sieste.
Après un déménagement en règle de tous les meubles de ma chambre, et après avoir réquisitionné tous les paravents de la maison pour y faire sécher nattes, couverture et draps, je suis obligée de demander l'hospitalité à Héloïse.

 

Dimanche 27, je coupe le sifflet à mon dos qui, après une semaine aussi mouvementée, me demande expressément un massage. A la place, je m'assieds à mon bureau et entreprends de mettre ce blog à jour...

22.04.2008

Recrutement

Aujourd'hui, LONG Saroeun et moi sommes allés recruter des nouveaux filleuls à Samaki. Pour ça, nous avons ressorti la "liste d'attente" des familles qui sont venues nous demander un parrainage.

J'avais pré-sélectionné trois familles en fonction des renseignements que j'avais : nombre d'enfants scolarisés, âge et grade des enfants, emplacement de la maison, métier des parents ou des personnes qui s'occupent des enfants.

Dans ma liste, il y avait une grand-mère qui élève cinq petits-enfants, dont trois sont scolarisés.

Lorsque nous sommes arrivés, son visage s'est éclairé, et elle a exercé sa tyrannie de personne âgée sur les enfants pour qu'ils nous accueillent avec les égards dus à des portefeuilles sur pattes.

Très vite cependant, nous avons su à quoi nous en tenir.

"Comment s'appelle l'aînée des enfants?"
Et là, intarissable, la grand-mère ! Elle nous a dit tout ce que nous voulions savoir en deux temps trois mouvements, et nous n'avons pas mis longtemps à prendre notre décision :
"L'aînée s'appelle HUN Sophea. Elle a 16 ans, et elle est en Grade 6  (l'équivalent de la 6ème, ndlr). En fait, elle est déjà parrainée par CIAI. Je sais que Angkar Komar Mékong n'aide pas les enfants qui sont déjà parrainés, mais si vous acceptez de m'aider, je la désinscris des listes de CIAI. Enfants du Mékong c'est mieux, CIAI, ils ne nous donnent que 30 000 riels par mois."