09.12.2007

Montipèt Preah Kétomealea

La maman de OK Thea est diabétique. Comme de nombreux Cambodgiens.

Et comme de nombreux Cambodgiens, elle n'a pas les moyens de se soigner à vie...

Rithy, le papa, est mototaxi. Il gagne 10 000 riels par jour (2.5$), mais ne vit pas avec sa femme et ses enfants, auxquels il donne de l'argent de temps en temps. Pao Sarou, la maman, vend des vermicelles et son revenu quotidien s'élève à environ 2$. Ils ont 8 enfants, et à part le second et le 7ème qui sont partis vivre chez leur grand-mère dans une autre province, tous vivent encore à la maison. L'aîné a 23 ans, il est mécanicien moto, "sur la rue" m'écrit LONG Saroeun. Il gagne 1,5 $ par jour. Thea, qui est parrainée par Enfants du Mékong, Thean, Srey Nieng et Somnang vont à l'école.

Tous les 8 s'entassent dans une chambre de 3 m sur 6, et ils ne sont séparés des voisins et de la voie ferrée que par une mauvaise porte et des murs en contreplaqué. Pour ce placard, ils paient 17$ de loyer par mois.

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Tout ça pour dire que Sarou est diabétique.

Mercredi, LONG Saroeun et moi l'avons emmenée au centre de santé Samdech Aeuv (le même où le petit frère de Sophoan Mai est né), pour apprendre que celui-ci, comme tous les hôpitaux de la ville n'ouvrait ses portes qu'entre 8h et 10h30.

Ce matin, nous sommes repartis en quête, espérant trouver un hôpital où elle pourrait obtenir des médicaments gratuits. On nous a indiqué l'hôpital Sihanouk, mais en plus de n'ouvrir leurs portes que le matin, ils n'admettent chaque jour que 10 patients !!

Du coup, nous avons atterri à l'hôpital Ketomealea, où il semblait y avoir un bâtiment dédié entièrement aux diabétiques. En voyant le médecin, nous avons pensé que c'en était fini de nos malheurs...

En fait, non, ils ne faisaient que commencer, pour reprendre une phrase toute faite.
Je ne sais pas comment vous parler de ce docteur bedonnant, qui ne parle pas un mot de français mais rédige ses ordonnances dans cette langue.
Je ne sais pas comment vous donner une idée de l'aménagement des locaux, succession de pièces bruyantes, sans portes de séparation. Pendant notre consultation et conformément aux instructions de l'infirmière, une jeune femme va s'allonger sur le lit dans le cabinet du docteur pour une prise de sang. Le cabinet en question fait aussi salle d'attente...
Je ne sais pas comment vous décrire sa grosse bague dorée et son stylo Waterman version taïwanais. Je ne sais pas comment vous faire entendre le ronronnement du frigo dans lequel l'infirmière, qui était aussi la pharmacienne, qui était aussi la portière, qui ne portait pas de blouse, a glissé les échantillons de sang.
Je ne sais pas comment vous faire partager mon effroi quand le docteur a glissé les billets que je lui tendais dans son gros portefeuille.

"Nous faisons payer les médicaments", nous a-t-il dit, "car nous n'avons pas les moyens de les donner aux plus pauvres. Regardez, à Sihanouk ils font ça et voilà où ils en sont. Par contre, la consultation est gratuite."

Et pour cause. En une demi-heure, j'ai déboursé plus de 10$. La consultation est gratuite, mais pas l'examen de sang. La consultation est gratuite, mais pas le carnet de santé.

Oui, la consultation est gratuite... Qu'est-ce que ça serait si elle était payante !

05.12.2007

New aèna ? (6)

Là, je vous préviens, on s'éloigne franchement des beaux quartiers de Phnom Penh.
Quoique, pour l'avoir couverte assez souvent, je peux vous dire que la distance Tuol Kork - cloaque n'est pas si grande que ce qu'on croit.

Des cloaques, il y en a à Samaki, par exemple, où les terrains sont inondables (et inondés, sinon c'est pas drôle).

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Il y en a aussi à Champus Khaèk, où, quand les terrains ne sont pas inondables, les maisons ne sont pas des palaces pour autant.

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On en trouve enfin à Phnom Basset, où les maisons sur pilotis ont murs en feuilles de palme, et où il faut mettre des vieux pneus sur les toits pour qu'ils ne s'envolent pas.

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Mais comme on le verra plus tard, et comme le dit et redit DXD, au Cambodge la misère des campagnes est plus digne que la misère des villes.
A la campagne, les maisons ne sont pas entretenues, faute de moyens, mais les familles sont unies, les voisins s'entraident et les enfants ont à manger grâce à quelques ares de rizière, un petit potager ou trois arbres fruitiers.

En ville, c'est une autre paire de manche, surtout dans ces endroits idylliques que je vais vous montrer bientôt.

02.12.2007

Tableaux d'une exposition

Samedi matin matin. J'ai sorti ma petite laine, depuis la fin de la saison des pluies il fait froid. Je sens qu'il y en a trois qui vont se moquer de moi fin décembre...
LONG Saroeun travaille, une fois n'est pas coutume.

C'est que le Centre culturel Français (CCF pour les intimes, "Alliang" pour les Khmers) nous a ouvert ses portes, et que les enfants sont conviés.

Pour la première fois, nous avons choisi les enfants de Champus Khaèk. Parce que c'est un petit programme, pas trop éloigné de Phnom Penh. Parce que je les aime bien. Parce que Mithona et Vireak font partie du lot...

Retardés par une manifestation gouvernementale doublement inopportune de l'amitié entre le Royaume du Cambodge et la Dicta... l'Union du Myanmar, nous arrivons enfin à Champus Khaèk. Les enfants nous attendent, en uniforme et excités comme des puces.
Le van aussi est là. (Mais comment on va réussir à mettre les uns dans l'autre???).

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Nous nous trouvons devant l'obligation d'en laisser sur le carreau. Ils tapent sur les vitres, ça nous fendrait le coeur s'il n'était pas emmitouflé dans deux couches de krama.

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Nous partons enfin, nous arrivons pile à l'heure.
Le CCF nous a concocté un joli petit programme. Tout d'abord, visite de l'expo, avec commentaires de l'artiste en direct. J'aimerais vous dire que l'oeuvre est profonde (le nom de l'expo est "Regards profonds"), mais je n'en sais rien. Sou Mey parle en khmer, parfois en nous tournant le dos, et le hall est bruyant et résonne. Le point positif, c'est que ça dure juste assez longtemps pour que les enfants restent concentrés.

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Ensuite, nous rejoignons la salle de cinéma, où Matilda Wormwood se débat en anglais sous-titré français contre l'horrible Miss Trunchbull. Je ne sais pas ce qu'en ont tiré les gamins. Les personnages sont tellement caricaturaux qu'ils ont certainement compris grosso modo ce qui se passe, mais quelle image ça leur donne de l'Occident?

Enfin, j'offre le déjeûner avant notre retour cahotique (mais en rien chaotique, si vous suivez, tout marche comme sur des roulettes depuis le début). Comme tous les Khmers, les enfants engloutissent leur assiette en deux temps trois mouvements.

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Pour les occuper, je leur ai laissé mon appareil... Je recommencerai.

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Quel est le comble pour une moto?

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Rentrer au bercail en camion...

29.11.2007

Un week-end de folie (Chapitre 2)

Du 23 au 25 novembre, c'était la Fête des Eaux.

La Fête des Eaux célèbre le moment où le Tonlé Sap renverse son cours. En prévision de ce moment, tous les villages rénovent leur pirogue, et les rameurs s'entraînent pour être les meilleurs. Après des épreuves éliminatoires dans les provinces, la fête se déplace à Phnom Penh.

Contrairement à Pchum Ben où la vie semble s'arrêter, pendant Bon Omtuk, la ville semble plus que jamais grouiller de monde. Chaque coin de trottoir est investi par une multitudes de vendeurs de rues, où de gens qui ont saisi l'aubaine et proposeront aux promeneurs de garder les motos pendant les courses.
Le Quai Sisowath se pare de ses plus belles couleurs, et d'une magnifique estrade VIP.

La Fête des Eaux peut commencer. Pour la circonstance, les Cambodgiens prennent 3 jours de congés. Cette année, ils tombaient vendredi, samedi et dimanche...
Pas de chance, me direz-vous? Que nenni !! On étire les congés sur le lundi, voire le mardi pour les plus fonctionnaires d'entre nous.

Le premier aspect de la Fête des Eaux, c'est les courses de pirogues.

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Rares sont ceux qui ont su qui avait réellement gagné, rares sont ceux que ça intéresse.
Ce qui est intéressant, c'est d'observer les différentes techniques des rameurs (pendant la course, lorsqu'ils remontent le fleuve à contre-courant, lorsqu'ils traversent le fleuve, dans une parfaite imitation fluviale de l'heure de pointe sur le Boulevard Monivong, ...).
Ce qui est excitant, c'est l'attente du moment où une pirogue va se renverser.
Ce qui est stimulant, c'est de recenser les couleurs des maillots des différentes équipes, et de compter sur le bout des doigts les équipes dont les rameurs portent des gilets de sauvetage.

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A la fin de chaque journée, le roi (ou peut-être bien la communauté internationale, les huiles khmères n'étant pas réputées pour leur transparence) offre un magnifique feu d'artifice aux Cambodgiens réunis devant le palais.

Le Palais Royal, le Parlement, le Premier Ministre et tous les Ministères ont affrété, à grands frais je suppose, des espèces de péniches qui défilent toute la nuit sur le fleuve avec force musique. Ci-dessous, celui du Palais Royal.

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Le second aspect de la Fête, qui se confond avec le troisième aspect, c'est le "Ambok". Il s'agit de riz de la nouvelle récolte, écrasé, que l'on mange avec du lait de coco et de la banane. C'est hum... délicieux.
La vérité, c'est que ce n'est pas mauvais, mais que chacun de nous en était dégoûté pour s'en être fait offrir chaque jour depuis 2 semaines, et aussi que les étudiants auraient dû nous prévenir qu'ils nous faudraient en manger une pleine assiette.

Le troisième aspect, c'est Preah Khaè, la pleine lune.
J'en ai rarement vu d'aussi belle.

A 18 heures au bord du fleuve, elle était rouge.
A 22h30 quand nous sommes rentrés au foyer, pour nous apercevoir qu'il y avait une panne de courant que malgré tous nos efforts nous n'avons pas su rétablir, elle illuminait la cour.
Providentielle la panne de courant.

La coutume, c'est qu'il faut attendre minuit, le moment où la lune est à son zénith si on peut parler de zénith pour la lune, pour faire un voeu. Chacun prend son assiette d'Ambok,  et en donne une cuillère à chacun de ses amis et parents réunis, qui doivent regarder la lune en la mangeant. Ca nous paraissait plutôt bien, mais on a appris ensuite que pour chaque cuillère distribuée, on en recevait une en échange. Essayez un peu de regarder en l'air quand on vous gave comme une oie...

Je dirais qu'un dernier aspect de la Fête des Eaux, mais pas le moindre comme diraient les Anglo-Saxons, c'est d'être ensemble. Les étudiants ont moins passé ce dimanche à regarder la course qu'à jouer. A des jeux de société d'abord.

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A des jeux typiquement khmers ensuite, en attendant l'heure H. Et notre réflexion, à nous autres Barangs coincés, a été qu'à 20 ans, nous rechignerions à jouer à chat au clair de lune. Alors de là à en prendre l'initiative !

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Pour info, à partir de la mi-décembre, j'aurai tous ces garçons (excepté le Barang au fond à gauche) pour colocataires.