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28.06.2008
Boh Tchnaot
Ce matin à 8h, Margaud et Ludovic avaient organisé une conférence pour les étudiants, sur le thème "One month before the elections. Political life in Cambodia".
Les intervenants étaient deux khmers, l'un employé de l'ONG Buddhism for Development, avec laquelle Enfants du Mékong a un partenariat, l'autre journaliste chez K-Set.
Hors de question de prendre parti. Même entre eux, même quand je leur demande, la plupart des garçons gardent leurs opinions politiques pour eux.
Au Cambodge, où la notion d'intimité n'existe pour ainsi dire pas, la politique est une affaire privée.
8h, c'est aussi l'heure à laquelle j'ai été réveillée en grande fanfare par le camion de l'antenne du CPP de la rue 590 à Tuol Kork dont les haut-parleurs inondaient le quartier de... "Sarika kaèv...".
Je vous explique, c'est la seule chanson que je connaisse en khmer, et encore, j'ai tout oublié à partir du deuxième vers.
Du coup, je me suis dressée dans mon lit, pas contente d'être réveillée comme ça, mais émue d'entendre cette chanson-là en particulier, et j'ai écouté les paroles. Et voilà que, pour le peu que j'en comprenais, ça parlait non pas des aventures d'un petit merle, mais du "kenapak protcheachun" (le CPP en khmer), du 7 janvier 1979, de la municipalité au grand complet (CPP), du commandant en chef des armées (c'est mon voisin aussi, alors faut le ménager, re-CPP), de Samdech divers et variés (CPP, encore et toujours) et de leur intégrité, de leur fidélité, de leur dévouement, tant au Parti qu'au peuple khmer, de leur certaine idée du Cambodge.
Ils sont très forts. Ils ne reculent devant rien.
Ils ont aussi placardé sur les portails de toutes les maisons du quartier leur programme (du moins, j'imagine que c'est le programme, parce que je n'ai pas eu le courage de l'éplucher).
A l'antenne du CPP de la rue 590 à Tuol Kork, il y a des réunions politiques tous les week-ends. Ils invitent des convaincus qui applaudissent à toutes les phrases, et des moins convaincus qui se sentent obligés d'applaudir parce qu'ils sont en situation d'infériorité. Bien entendu, tous ceux qui applaudissent se voient décerner un sarong à la fin de l'après-midi.
Et depuis quelques jours, c'est la fête. Des banderoles flottent dans le vent et la nuit, ils allument des guirlandes de couleur, c'est chou. J'ai dit aux garçons que les membres du CPP fêtaient déjà leur victoire.
"Eva, you talk like Radio Awmal [la guêpe], the radio which always criticizes the government."
Je leur ai dit que No les mecs, I'm not like that.
Et puis j'ai conseillé à Vanntean de faire attention avec son ballon de foot, de pas l'envoyer dans la cour de l'antenne du CPP de la rue 590 à Tuol Kork.
"They would not give it back to you unless you promise to vote for them."
10:52 Publié dans Scènes de la vie cambodgienne | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note





Commentaires
Tu y as assisté à cette conférence ? C'était intéressant ? Comment ont réagi les étudiants ?
T'aurais jamais dû mentionner "Sarika kaèv...la seule chanson que tu connaisses en khmer". Je l'ai dans la tête pour le reste du week-end maintenant.
Y a une radio qui critique le gouvernement ? Tout n'est pas perdu alors. Mais quelle est son audience ?
Ecrit par : maman en manque de lecture sur le blog bambou | 28.06.2008
Non, j'ai pas assisté à la conférence (deux heures d'exposé en khmer sur les institutions et les partis qui se présentent, c'est trop pour moi même si je suis désormais bilingue), mais les échos des étudiants étaient très favorables.
Ils ont appris plein de choses, sauf Chanroeun qui étudie le droit for a living, ensuite ils se sont posé des questions existentielles : mais si le CPP a obtenu 47,35% des voix, pourquoi a-t-il obtenu presque 60% des sièges à l'Assemblée ?
Et Eva de leur expliquer les systèmes électoraux français et américain, qui permettent tout à fait ce genre de décalage.
Et comme ça ne répondait pas à leurs questions ("But Eva, in Cambodia it is not like that : we don't have constituencies"), j'ai searched the Internet pour leur trouver la loi électorale, qu'ils n'ont même pas lue.
T'aurais dû voir Chanroeun, qui parlait tout fort du CPP et du Parti des Droits de l'Homme, mais qui avait écrit les lettres SRS pour faire référence au Parti Sam Rainsy sans éveiller l'ire de nos voisins de l'antenne du CPP de la rue 590 à Tuol Kork.
Quant à Radio Awmal, je ne sais pas quelle est son audience, ni sa durée de vie...
Le dernier journal d'opposition, Reaksmey Kampuchea, a été récemment racheté par un homme du CPP, et Savy se plaint qu'il n'est plus "balanced" comme il l'était auparavant.
Ecrit par : Bambou | 29.06.2008
Ha les élections... hier j'ai arraché l'affiche qui était devant ma porte, proprement et en pleine nuit juste pour lire un peu le programme si j'y comprenais quelque chose (peine perdue parce que moi contrairement à toi je ne suis pas du tout mais pas du tout devenue bilingue). Je te le donne en mille, le lendemain matin une nouvelle affiche avait repris la place de la précédente. Ils passent donc leur journées à surveiller leurs affiches!
J'ai demandé aux gens de Samaki si ce sont eux qui avaient collé les affiches devant chez eux ils m'ont dit que oui, le chef de village les a distribué et eux les collent chacun devant sa maison. Mais en ville je crois que ce sont les partisans eux même qui ont collé parce qu'il y en a vraiment partout.
Ecrit par : Juli | 29.06.2008
Merci pour vos éclairages à toutes 2.
Vu d'ici, ça parait énorme, la réaction de Chanroeun.
Quant au moyen de mettre en oeuvre l'affichage à Samaki, c'est normal : si je me souviens bien d'un de vos écrits précédents, les habitants de Samaki sont tellement redevables vis à vis du gouvernement !
Ecrit par : maman | 29.06.2008
C'est vrai que la majorité des cambodgiens ne veulent pas dire pour qui ils votent. Mais quand on sait leur tirer les vers du nez on a des réponses... Mon assistant m'a dit qu'il voterai Sam Rainsy mais juste parce que c'est la tradition dans sa famille de voter pour l'opposition et qu'il ne connait pas trop les autres partis. Un de mes amis qui n'est pas khmer mais issu d'une minorité montagnarde m'a dit quant à lui qu'il voterai pour Sam Rainsy également et lui semble avoir un peu plus de convictions.
Mais la majorité des personnes à qui je pose la question indiscrète ne répondent effectivement pas et ont ce sourire gène qui veut bien dire que je me mêle de ce qui ne me regarde pas, ou bien me disent tout simplement : pour le parti de Hun Sen parce qu'il "fait des cadeaux souvent et qu'il assure la stabilité, au moins maintenant le pays n'a plus de guerre". Puis réponse standard résultant directement de la lecture des panneaux placardés partout en ville : "ils ont fait des ponts, des routes, des pagodes et des écoles" .
Ecrit par : Juli | 01.07.2008
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