17.05.2008

DSK avait raison

L'homo oeconomicus existe. Mais si, vous savez, cet homme idéal, rationnel de A à Z, qui fait ses courses sur un marché où les prix sont déterminés par le jeu de l'offre et de la demande ?

DSK nous l'avait dit, mais on avait du mal à y croire. On le mettait au rang de légendes comme le Dahut ou l'Abominable Homme des Neiges.

Je vais vous faire une confidence. Mais d'abord, il faut me promettre de ne pas trop en parler autour de vous, parce que si cette nouvelle se répandait, l'habitat naturel de l'homo oeconomicus en serait tout bouleversé. C'est déjà pas loin d'être le cas depuis que KFC s'est installé Boulevard Monivong.

Ouvrez grandes vos oreilles, mais restez discrets, voilà le scoop : l'homo oeconomicus n'est pas un être de légende, il existe bel et bien et vit au Cambodge où il prospère.

 

Sous les traits d'une ming autoritaire aussi bien que d'un petit garçon alléché par la perspective d'engloutir un num paw ou du look ta qui regonfle mes roues de moto de temps en temps, on le rencontre à tous les coins de rue. Il n'y a que peu d'endroits où l'homo oeconomicus se garde d'aller.

Pendant plusieurs mois, je l'ai observé en douce, usant de toutes les ruses, pour devenir moi aussi un parfait homo oeconomicus.

Et voici les résultats de mon enquête :
Remarque préliminaire : Ce n'est pas pour rien qu'on parle du "jeu" de l'offre et de la demande. Comme un bon joueur de poker, l'homo oeconomicus sait rester impassible quand il bluffe.
Donc, étape n°1 : Faire son choix. Ne SURTOUT pas révéler le fond de son coeur. Par exemple, ne pas s'écrier avec entrain "Oooooooooh, Héloïse, t'as vu ? J'adooooooooore ces chaussures !!", mais plutôt, en gardant un visage uni et une bouche pincée : "Cette vendeuse n'a rien de potable."
Etape n°2 : bien observer l'article pour en déceler tous les défauts, avant de le reposer.
Etape n°3 : engager la discussion avec la vendeuse sur un tout autre sujet (ce que DSK n'avait pas pris en compte, c'est que tout rationnel qu'il soit, l'homo oeconomicus perd beaucoup de temps dans la transaction. En même temps, après 10 mois au Cambodge, on est bien obligés de convenir du fait que, tout imperméable qu'elle soit, les Khmers ont une logique bien à eux). La pluie et le beau temps font l'affaire, mais il vaut mieux parler des enfants qui poussent, ou de l'endroit où vous travailez et comment vous avez appris le khmer. Point essentiel en tout cas : mener cette conversation en khmer.
Etape n°4 (et étape cruciale, on est au Cambodge) : faire rire votre interlocuteur.
Remarque intermédiaire : pendant les étapes 3 et 4, regarder ailleurs sans perdre de vue l'objet convoité.
Etape n°5 : aborder le coeur du sujet ("Thlay mane?" - combien ça coûte) en éteignant toute étincelle avide qui risquerait d'embraser la prunelle de vos yeux.
Etape n°6 : à l'annonce du prix de la paire de chaussures de vos rêves, prendre un air pensif, puis déclarer avec aplomb (même si ça n'est pas vrai) qu'elles ne valent pas ce prix.
Etape n°7 : faire part à la vendeuse de tout ces défauts que vous avez recencés l'étape 2.
Remarque n°3 : Généralement, à ce stade de la discussion, la vendeuse vous refile le bébé : "Bang aoy mane?" - combien es-tu prête à payer pour cette merveille?.
Etape n°8 : Annoncer un prix franchement bas, pour lui montrer que certes, je suis Blanche, mais je me fais pas avoir, je sais ce que valent les choses, et ton prix est clairement excessif. Là, elle prend un air dégoûté devant tant de bassesse. Mais généralement aussi, elle baisse un peu le prix qu'elle avait proposé.
Etape n°9 : accepter d'augmenter un peu le prix. Répéter jusqu'à ce que les deux parties aient trouvé un accord.
Etape n°10 (optionnelle, si la vendeuse n'a pas compris le message à l'étape n°8) : Dire "C'est dommage, elles commençaient à me plaire, mais elles sont vraiment trop chère", et s'éloigner vers un autre étal. Si la vendeuse a vraiment exagéré le prix comme vous le pressentiez, elle vous rappelle aussi sec et vous fait une offre correcte. Revenir alors à l'étape n°9.

Et voilà comment, en 9 étapes plus une, l'homo oeconomicus fait se rencontrer l'offre et la demande.

Commentaires

Je suis tout à fait convaincue par ta méthode. Je la mets dès demain en pratique chez Mourad.

Une précision toutefois : comment fais-tu pour respecter ta recommandation entre les étapes 4 et 5 ? Tu louches ?

Merci mon Bambou (pour les articles qui arrivent soudain en rafale)

Ecrit par : maman oeconomicus | 17.05.2008

Ouh là, je suis nul pour prendre un air impassible. Je ne sais pas bluffer.
Par contre pour l'étape 4, pas de problème… en général, je pose une question ou fais une remarque plus ou moins absurde (ou vraie, c'est selon) : "mais vous pouvez bien faire une réduction à un homme aussi beau que moi !" ou alors : "mais vous pouvez bien me faire une réduction : je n'ai pas de cheveux…" etc.

Ecrit par : Jean-Sien | 29.07.2008

Ecrire un commentaire