27.04.2008
Après le réconfort...
Le calendrier khmer ressemble à un beau morceau de gruyère. En tout, 27 jours de congés, et si par malheur l'un d'entre eux tombe sur un samedi ou un dimanche, alors on le reporte au prochain jour travaillé, pour en profiter pleinement.
En avril, il y a eu le Nouvel An khmer, qui dure officiellement trois jours, mais a paralysé les Programmes Enfants pendant une semaine.
En mai, il y a l'anniversaire du Roi Sihamoni (pauvre reine mère, si je comprends bien, il lui a fallu trois jours pour accoucher), la Fête du travail (qu'on fête au Cambodge au même titre que la Journée internationale de la Femme, celle des Enfants, celle des Droits de l'Homme), et Visak Bochea, une fête bouddhiste.
Comme vous allez le constater, pendant les rares périodes où on travaille au Cambodge, il faut mettre les bouchées doubles.
RECIT D'UNE SEMAINE CHARGEE
Vendredi 18, ce sont plutôt les enfants de Champus Khaèk qui travaillent que Monorum et moi. Avant la distribution, tour à tour ou en groupe, les enfants chantent devant leurs co-filleuls, à la grande fierté de toutes les mamans et marraine réunies. "Motenapheap tchea khmaè !"
Les petites nouvelles sont encore un peu timides. Mithona se tient la tête des deux mains parce qu'il sait qu'il va devoir chanter deux fois plus que tous les autres...
Pendant ce temps, au foyer des garçons déserté par les garçons, un gardien désoeuvré passe le balai.
Samedi 19 et dimanche 20, c'est le dernier week-end de Gonzague à Phnom Penh après un an passé à Banteay Chmaar. Tchaalott est là aussi, qui a des galères de visa. Au programme, la tournée des grands ducs, pour nous assurer que Gonzague est apte à atterrir sur le sol français : le marché russe (et nous nous apercevons avec soulagement que Gonzague n'a pas perdu son instinct de consommateur), les meilleurs restaurants de la ville (Gonzague mange du riz et de la soupe de feuilles depuis un an, mais il est encore tout à fait capable d'engloutir un bon steak), et le Palais Royal (malgré un an en immersion au Far West du Cambodge, Gonzague n'a rien oublié des principes de base du tourisme de masse. La preuve en images lors du prochain séjour de Tchaalott à Phnom Penh).
Les étudiants reviennent au compte-goutte, à la fois heureux d'avoir pu rentrer chez eux et voir leur famille, et tristes de voir à quel point la vie est difficile là-bas, avec l'inflation et les sacrifices engendrés par leur départ à Phnom Penh.
Rares sont ceux qui ont vraiment joué aux jeux traditionnels, dansé, ou participé aux batailles de talc. Pour la plupart, ils sont restés chez eux, à raconter à leur famille et à leurs amis de lycée curieux leur vie à Phnom Penh.
Veasna, qui s'est caché derrière Socheat pour me faire une surprise, raconte à ses colocataires comment ses parents utilisent de l'eau de pluie sans même la faire bouillir...
Mongkrath, qui a perdu son père, a passé les vacances à construire un poulailler et à nourrir les poules.
A mon grand soulagement, la maison se remplit à nouveau de chants, de rires, de grincements de freins de vélo, de "Pros pros, si baay !".
Lundi 21, distribution à Krol Ko. Les deux petits nouveaux sont au rendez-vous.
Il y a Srey Noch, la nièce de KHUN Manith, qui est orpheline et séropositive, et qui ne participe pas aux jeux parce qu'elle est trop petite et trop faible, me dit Monorum.
Il y a aussi Sim Aun, le beau garçon à la peau claire, qui vit au bord du fleuve dans une cabane et qui me sourit à chaque fois que nos regards se croisent pour me montrer combien il est heureux d'être là.
TOUCH Phally, la prof qui dispense les cours de soutien, nous présente un garçon qui vit à la pagode, et dont elle a pitié. Elle voudrait que nous le parrainions.
Nous faisons une visite. Il vit avec son grand frère qui est étudiant de 3ème année en économie à l'URDSE (Université Royale de Droit et Sciences Economiques). Leur père est décédé, leur mère ("Maè tchmuoh èy?
_ Maè tchmuoh TOUCH Phally.
_ Oh, dooc neak kru ?
_ Baat, pontaè neak pséng.") vit à Kompong Cham avec son nouveau mari motodup. Elle leur donne un peu d'argent de temps en temps. Les frais de scolarité du grand frère (450$) sont payés par un oncle. Le garçon n'est pas très bon à l'école, mais si l'on accepte que c'est bien un quelqu'un indéfinissable qui a demandé à garer sa moto dans leur minuscule chambre, et qui y a aussi entreposé un ordinateur qui, me dit-on, ne fonctionne pas de toute façon, alors oui, ces garçons pourraient bien avoir besoin d'un parrainage.
Somnang est à l'école, mais son petit frère fait le clown pour nous retenir, si bien que notre coeur se fend à l'idée de remettre la visite au lendemain.

Mardi 22, Saroeun et moi rendons visite à Sokchea qui, la dernière fois qu'elle nous a vus, a omis de nous informer qu'elle se mariait, et qui, pendant le début de la visite, répond à nos questions comme si de rien n'était, alors que le papier officiel qui les déclare mari et femme trône sur le pas de la porte.
Finalement, tout de même, je ressens le besoin d'accélérer un peu les choses:
" Où est ton mari maintenant ?" Sokchea panique, ne répond d'abord pas, puis bredouille un timide "Demande à ma mère, bang srèy."
Pendant ce temps, Monorum apprend à Krol Ko que les deux jeunes auxquels nous avons rendu visite la veille sont bien les fils de notre professeur de khmer, Neak Kru Phally. Je bouillonne et envisage de la licencier...
Quant aux étudiants du CIST, ils échappent à un examen cruellement promis pour la rentrée. Ils ont une semaine de répit.
Mercredi 23, nous faisons une fois de plus les frais de l'augmentation du litre d'essence. Notre chauffeur habituel nous demande 10$ de plus pour nous emmener à Takéo.
Je suis prête à tout accepter pour voir Dara, qui a un parrainage.
Lorsque nous arrivons vers 10h, tous les filleuls nous attendent, les anciens comme les nouveaux. Mais celui que tout de suite j'ai cherché des yeux, je ne le vois pas.
Vicheka a déménagé sur un terrain bien aéré, au bord du lac recouvert de lotus. Grâce à un supplément de sa marraine et à son épargne, la famille a pu acheter des pilotis pour élever la maison à un mètre du sol.
Comme Dara n'est toujours pas là à 15h, je convaincs Saroeun de convaincre le chauffeur de faire un détour. Et c'est l'occasion de revoir la maison abîmée, vide, perdue au milieu de nulle part, et la famille qui l'habite. Le père de Dara, dont le corps est toujours couvert de plaques affreuses, rouge vif, et dont le docteur me dit qu'on appelle ça la lèpre. Les petites soeurs de Dara, qui n'ont rien d'autre à faire toute la journée que de dormir.
Et Dara, qui n'est pas venu parce qu'il est tout faible, en état d'hypoglycémie, et qu'il n'a pas de vélo pour parcourir les 5 kilomètres qui le séparent du lieu de distribution.
Jeudi 24, je dup Monorum à tombeau ouvert le long de la Route Nationale 6, direction le village de Knong, commune de Prek Tameak, district de Ksach Kandal. Une fois passé le bac et observé l'avancement du pont, je guette le long de la route des têtes familières, mais je n'en vois pas.
VONN Chovine va bien, sa famille est toujours aussi accueillante et joviale. Surtout lorsqu'ils apprennent que je suis une "fille du pays".
HOEN Theary ne s'est toujours pas inscrit à ces cours d'informatique dont il me parle depuis 7 mois. C'est parce que les 40$ que je lui apporte tous les trois mois, il les donne à sa mère, et il n'est pas capable de me dire ce qu'elle en fait. La dernière fois, elle lui a acheté une bague en or. C'est un moyen très répandu au Cambodge d'épargner de l'argent.
"Veux-tu qu'on aille ensemble t'inscrire?
_ Inutile bang srèy, je peux le faire moi-même.
_ Tu comprends, je serais tellement déçue de revenir dans trois mois et d'apprendre qu'entre le moment où je suis arrivée au Cambodge et celui où j'en pars, je n'ai pas pu t'aider à réaliser ton rêve d'apprendre l'informatique."
Ce soir-là, à la maison, il y a ceux qui bossent dur (Sothea et Héloïse)
Et ceux qui farnientent, parce que c'est pas encore fini les vacances, non mais d'abord ! (Sokkea, alias Mister President, et Mongkrath)
Vendredi 25, c'est au tour des filleuls de Phnom Penh de recevoir en plus de leur parrainage une bouteille de teuk kroch.
Je fais un sondage pour savoir quels sont les filleuls intéressés par une formation professionnelle. Généralement, les filles ont été séduites (choix ô combien original) par les formations d'esthéticienne. CHHOM Bounthy avec ses héhé coutumiers, m'informe qu'il souhaite devenir électricien. Il passe le bac cette année, il est vraiment important de le caser quelque part.
Je confie NORNG Deth, qui s'est blessé au pied avec un couteau et a emballé tout ça dans un lambeau de tissu dégueulasse, aux bons soins de Marie-Antoinette. Elle parle français ou anglais, lui exclusivement khmer, mais il n'est pas effarouché pour deux sous.
Samedi 26, toute la troupe Enfants du Mékong se transporte (qui à vélo, qui à moto) au CCF, pour un concert de musique mahori (comprendre pré-angkorienne, pas originaire de Nouvelle-Zélande). Savy découvre avec douleur qu'à la cafétéria du CCF, le jus de canne ne coûte pas 500 riels comme dans la rue, mais 1$.
C'est le moment que choisit le ciel pour déverser sur Phnom Penh un déluge qui, plutôt que de tout nettoyer (la ville est ainsi faite), pousse les égoûts à dégorger toutes leurs saletés. Après un retour épique, les pieds et les roues immergées sous 20 cm de flotte, nous arrivons enfin à la maison, où nous croyions avoir enfin éliminé tout risque d'attraper la dengue. Las, la pluie a formé dans la cour (et dans ma chambre aussi par la même occasion) une piscine à la surface de laquelle flottent des rats en train de faire la sieste.
Après un déménagement en règle de tous les meubles de ma chambre, et après avoir réquisitionné tous les paravents de la maison pour y faire sécher nattes, couverture et draps, je suis obligée de demander l'hospitalité à Héloïse.
Dimanche 27, je coupe le sifflet à mon dos qui, après une semaine aussi mouvementée, me demande expressément un massage. A la place, je m'assieds à mon bureau et entreprends de mettre ce blog à jour...
13:26 Publié dans Moto Boulot Dodo | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note









Commentaires
Pour Bambou, ce sont des situations très variées à gérer, à déjouer et, finalement, à admettre ?
Je comprends des critères de recrutement d'EDM.
Courage !
Gros Bisous.
Ecrit par : pp | 27.04.2008
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