28.02.2008

Roeung Khmaoch

La maison est en ébullition. C'est le dîner, et je sens l'excitation dans leurs voix tandis qu'ils parlent en khmer. Je perçois le mot "khmaoch", à plusieurs reprises...

Et puis, au bout d'un moment, ils acceptent de me mettre au parfum : le CCF diffuse un film khmer très bientôt, une histoire de fantômes !! Une occasion à ne pas louper. Un film khmer au CCF, et des fantômes par-dessus le marché !

 

D'habitude, le samedi soir au foyer, c'est le moment du film. Et tous les samedis soirs, quand on leur demande ce qu'ils veulent voir, c'est soit un film où les gens se tirent dessus, soit un film drôle, soit un film de fantômes. Peu importe la cohérence de l'histoire, la qualité du film se mesure à la quantité d'hémoglobine en sachet, ou au nombre d'effets spéciaux (terriblement visibles le plus souvent) à la minute.

Donc évidemment, on regarde rarement avec Héloïse. C'est dommage d'ailleurs, parce que nulle part ailleurs je n'ai vu des gens commenter des films comme ils le font. Tout d'un coup, nos étudiants deviennent un peu comme les enfants qu'on emmène voir Guignol au parc.
"Attention, derrière toi, le méchant gendarme avec son bâton!!!!"
Et ça discute, et ça rigole, et il y en a toujours un pour lire les sous-titres anglais et un autre pour les traduire en khmer.

Depuis quelques semaines, on a entrepris d'étoffer un peu la culture cinématographique de ces jeunes. Donc, une fois toutes les trois semaines, c'est nous qui choisissons le film.

Certes, ils sont curieux, mais il y a des limites. Si on leur passait 2001 Odyssée de l'espace, je pense qu'ils nous haïraient.
Du coup, on s'en est tenues à "La Liste de Schindler", et au "Gandhi" d'Attenborough.
Et à chaque fois, on n'est pas déçues. Certes, tous ne sont pas intéressés, mais il y en a toujours quelques-uns qui posent des questions après le film.

Bref, tout ça pour dire qu'il y a un film de fantômes au CCF bientôt. Faut surtout pas rater ça !!

"Eva, you believe in ghosts?" C'est Savy le curieux, Savy le contestataire...
"Euh... You know in France, there are no ghosts. Are there ghosts in this house?"
"No, not here." Là, je crois qu'il dit ça pour me rassurer. Il voit bien que flippe. Seulement ça ne marche pas. Les filles qui vivaient là avant, elles m'en ont bien donné une dizaine, de preuves de la présence de fantômes. Bon, c'est vrai, elles m'ont aussi dit qu'il y en avait moins depuis qu'il y avait plus d'éclairages dans la cour. "But in my province, there is a lot of ghosts."
"..."
Et là, Savy est comme frappé par une révélation. "But you know Eva, maybe you have already met a ghost, but you are not able to recognize it. Like my aunt, she told me that one time, a ghost came knocking at her door at midnight, pretending to be the neighbour. He came in, and they discussed for hours, but the ghost said only yes or no."

Dans le doute, j'ai attrapé le bras de Savy pour m'assurer que c'était pas un fantôme. Un peu comme on se pince pour savoir si on dort.

Et puis après, je me suis fait la réflexion qu'il n'y avait pas de risque. Ils parlent bien trop mes étudiants.

27.02.2008

Anet

J'étais là, assis sur un banc, c'était au printemps. Bon, c'est pas vrai, c'était un siège confortable, en osier, plein de coussins, sur la terrasse d'un café du Quai Sisowath.
Faut pas croire, le week-end, le Bambou quitte le quartier huppé de Toul Kork pour se mêler aux touristes et à la plèbe qui fréquente le centre.

Eugénie était là aussi.

On sirotait un jus d'ananas, en devisant gaiement, et j'éconduisais impitoyablement les enfants des rues qui venaient nous proposer le top 10 des Livres-sur-la-période-khmère-rouge.

"Khniom mirn haeuy." "Khniom ât tign té."

De temps en temps, une serveuse tout aussi impitoyable disait dans un khmer châtié à ces enfants de dégager leurs fesses de là et de ne pas déranger les clients.

Et puis est arrivée une fille un peu plus opiniâtre que les autres, mais qui, comme tous les autres, demandait quelques centaines de riels.
Il faut reconnaître que ces gamins ont de la tchatche.

Il n'y avait rien de comestible à grapiller sur notre table, alors elle a tendu le doigt vers mon verre vide, dans lequel fondaient quelques glaçons. Elle en était là.

Petit à petit, la conversation s'est engagée. Un glaçon, une question, un glaçon, une réponse.

Du coup, on a appris qu'elle avait 14 ans (elle en faisait 10), que son père était décédé. Un glaçon. Que sa mère ne gagnait rien, et qu'elle devait ramener un peu d'argent à la maison sans quoi sa mère la battait. Qu'elle allait à l'école le matin, mais qu'elle devait travailler l'après-midi.

Ensuite, elle m'a demandé d'où venait mon collier. Une amie me l'a offert. Cette amie-là? m'a-t-elle demandé en voyant Eugénie. Non, une autre. Ah, tu as beaucoup d'amie. Moi, je n'en ai pas une seule. Un glaçon.

Et tous les trois ou quatre glaçons (les serveurs khmers sont généreux en glaçons), elle nous demandait un peu d'argent.

Eugénie était dubitative. Moi, je me disais juste que cette petite fille n'était qu'une potentielle filleule parmi tant d'autres.
Mais quoi qu'il en soit, je ne donne pas d'argent aux gamins des rues. A manger ou à boire, parfois.

Un glaçon, une question. Un glaçon, une réponse.

A la fin, quand même, elle a vu qu'elle ne tirerait rien de nous. Et elle avait fini les glaçons.

"Bang srèy ât anet neak krèy krâ !". Toi, tu n'as aucune pitié pour les gens pauvres !

26.02.2008

Sur les trottoirs de Phnom Penh (2)

Le must, c'est le teukelok.

A partir de 17h, les trottoirs se couvrent d'étals qui ressemblent à celui-ci :

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Et où l'on peut consommer un verre de teukelok. Comme son nom ne l'indique pas, Le teukelok est un mélange subtilement dosé de fruit(s) mixé(s) avec du lait concentré, de la glace pilée, et du sucre et des oeufs pour les plus gourmands.

Une fois sélectionnés les fruits et passée la commande, on peut aller s'asseoir sur un petit tabouret bleu. Ou rouge.

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Ca coûte 2000 riels hors Nouvel An chinois.

A mon avis, fruit du jacquier avec une pointe de citron vert, c'est le top !

25.02.2008

Campagne

Depuis que nous avons déménagé, notre ancienne maison est devenue comme ça :

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Les panneaux de partis politiques fleurissent dans tout le Cambodge, en prévision des élections législatives qui auront lieu en juillet. Les adhérents au Cambodian People's Party, au FUNCINPEC, au Parti Sam Rainsy, au Parti des Droits de l'homme, ou à tant d'autres, affichent leur préférence à l'aide de panneaux bleus, ou pour les plus pauvres, d'autocollants visibles pour toute personne qui entre dans la maison.

Mais surtout, les partis politiques ont trouvé le moyen de récolter des voix facilement. Ici, les participants à un meeting recevront un sac de riz, des sarongs, voire même 10 000 riels à titre d'indemnités pour leur déplacement.
Là, c'est une route ou un pont qui est offert gracieusement aux riverains, et un autre immense panneau témoigne de la générosité des donateurs.

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Sur la route de Takhmao, j'ai même vu un panneau qui proclamait, en lettres khmères d'un mètre de haut : "Nous avons une route [quand je suis passée, la route était à l'état de chemin de terre, ndlr], nous avons un pont. Nous avons de l'espoir."

Cette période est aussi celle de la débandade de nombreux membres du FUNCINPEC et du PSR, qui rejoignent les rangs du CPP... et donc, le prétexte à de nombreuses accusations dont personne ne cherche à savoir si elles sont fondées ou pas.

Et tout ça pour quoi?
Six mois avant les élections, personne ne doute de leur résultat.
Et surtout pas Samdech Hun Sen 1er.

24.02.2008

OU Channa

Parfois, je fais une visite de filleul, et c'est un peu le coup de foudre.

Comme OU Channa. OU Channa, c'est un filleul de 18 ans, qui vit près de la voie ferrée au Kilomètre 6 sur la route nationale 5. En deux mots, le fameux programme de Krol Ko dont je vous rebats les oreilles, sauf que Channa n'habite pas au bord de l'eau.

Pendant les distribs, Channa a toujours l'air renfrogné. Il regarde dédaigneusement les autres enfants qui jouent au béret (pas avec un béret cela dit, avec une branche d'arbre...), avec l'air de quelqu'un qui a bien mieux à faire que de s'amuser à attraper une branche. Un peu comme moi quand je regarde Roland Garros à la télé. "Mais qu'est-ce qu'ils ont ces deux-là à se renvoyer la balle comme si c'était une bombe à retardement ? Ils ont qu'à l'offrir au ramasseur de balles qu'à tant l'air d'en vouloir une !"

Et pour cause, Channa, il a mieux à faire.

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Channa, il vit avec sa mère toujours absente et son demi grand frère dans une pièce de 16m². Ils partagent l'espace avec une armoire, un ventilateur et une table.
Sur un des murs de la pièce, il y a une porte qui donne sur un escalier ultra riquiqui, étroit et raide comme vous ne pouvez pas imaginer. Quand on a enfin réussi à descendre, on s'aperçoit que la maison a été construite sur pilotis, accoudée à la digue sur laquelle court la voie ferrée. Du coup, en fait, la maison de Channa fait 32m². Une suite royale quoi !

En bas, c'est presque aussi étouffant qu'en haut. D'habitude, le principe de la maison sur pilotis, c'est qu'en dessous, on a un espace ouvert pour faire la cuisine, faire la sieste pendant les heures chaudes de la journée.

Mais voilà, le bord de la voie ferrée est un lieu de villégiature recherché. Du coup, l'espace aéré sous la maison de Channa est fermé de tous côtés par les murs de tôles qui séparent son terrain de celui des voisins.

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Channa est parrainé depuis dix ans. A l'époque, c'était un petit bout de chou en Grade 2, et voilà qu'il prépare le bac. Il voulait devenir policier, puis ses perspectives ont pris un autre tour, et il rêve de devenir médecin.
Il était classé 38ème de sa classe, et le voilà 10ème. Sur 50 élèves.
Il passe ses journées à l'école. Ecole publique, puis cours supplémentaires payants, en khmer, maths, bio, physique, chimie, anglais.
Une fois rentré chez lui, il fait la cuisine et révise ses leçons.
Avec tout ça, il trouve encore le temps de jouer au foot ou au volley avec ses amis.
C'est à se demander quand il dort.

Alors effectivement, Channa, il a mieux à faire.

S'il y en a un dont j'espère qu'il sera au foyer des garçons avec le/la prochain(e) bambou en septembre 2008, c'est bien lui.
Le coup de foudre, quoi.

Je crois que c'est surtout le fait que, pour un Channa, j'ai dix ou vingt filleuls qui n'ont pas encore compris que la bambou n'est pas un flic, ni un distributeur illimité, mais quelqu'un qui leur apporte une chance de s'en sortir.

23.02.2008

Yok, ât ?

Quand je fais des visites dans des programmes à la campagne, je me rends compte à quel point je suis citadine. Je suis incapable de retenir le nom des arbres, alors que LONG Saroeun et Monorum me les rappellent régulièrement, et surtout, je tombe en admiration devant toutes les bestioles qui me passent sous le nez.

Les petits chats, les petits chiots, quand ils n'ont pas ouvert les yeux et qu'ils se débattent vainement pour retrouver la mamelle de leur mère. Ou plus tard, quand ils se battent pour rire.
Les veaux aussi, à tous les coups, surtout quand ils traversent la route juste devant la moto.
Les chèvres, dans quelques rares villages.
Et les petits poussins et les petits canards.

Les petits canards, ils me font penser à l'affiche de "Le bonheur est dans le pré."
Bon là, évidemment, y'a toujours Monorum qui intervient pour me rappeler l'existence de la grippe aviaire. Et au Cambodge, la grippe aviaire, c'est pas juste une affiche à l'aéroport. Parce que, je vous le demande, qui est-ce qui a décimé les canetons de Sovannarith?
"Vir ngoap ôh !"

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Et invariablement, quand je suis là à contempler une portée de chiots ou de chatons, il y a toujours une femme pour me demander : "One yok, ât?"
Tu en prends un?
Et je leur explique que non, qu'à la maison on a déjà un fauve, et que j'en suis déjà esclave.

 

Mais cette fois-ci, quand la femme avec laquelle je discutais m'a dit "Yok, ât?", je n'ai pas compris. Y'avait pas de chien dans les parages, ni de chat. Ni de canard, ni de poussin, ni de chèvre...

"Yok ât?"
"Yok èy?"
"Yok vea tew barang?" Et j'ai réalisé, en suivant son regard, qu'elle parlait du gamin qui s'aggripait à mes jambes.

16.02.2008

De notre correspondante à Taipei

Une fois n'est pas coutume, le Bambou laisse sa plume à son invitée, et les codes secrets en main, je me vois confier la charge intimidante de conter notre semaine en tête à tête...

Je quittai ma chambre d'étudiante par un matin glacial et humide, dans la nuit taiwanaise, sac à dos fièrement accroché, le Cambodge en ligne de mire. taxi, bus, avion... j'endure tout et peu m'importe puisque je pars au Cambodge!!

Je trouvai le soleil quelque part dans les airs, et sous mes yeux, dans l'avion, c'était le Cambodge à l'infini; ses grandes étendues plus souvent ocres que vertes, la majesté de l'eau s'imposant en longues trainées turquoises... Pas même arrivée, j'étais déja éblouie...

Et puis à l'arrivée tardive, surgissant de nulle part, poussant soudainement devant moi, un bambou, mon Bambou. je me jette dans ses bras grand ouverts, m'ennivre des parfums familiers des là bas parisiens, trempés d'ici khmers. et me remets ainsi pour une semaine entière entre les mains expertes de votre chère Bambou...329eebbec2664f4e982da0af5d097b53.jpg

De cette semaine il y aurait trop à dire, en ballade entre Phnom penh, Siem Reap et Battam bang, sur nos vélos,en bus, en motodop, en tuk tuk ou à motos...

On m'avait bien dit que le Cambodge était différent, on ne m'avait pas menti. Et pourtant, m'y promener avec mon guide personnel n'avait rien de terrifiant, rien de tellement dépaysant. Etrangement, les révélations soudaines venaient d'autre part: par une nuit étoilée, s'étonner de la clarté des étoiles; dans une forêt, à vélo, entre deux temples, regarder le dos de Bambou quelques mètres devant et voir en flashbacks, notre premier jour à sciences-po, notre premier sandwich dans le jardin...

De cette semaine, j'ai beaucoup appris. Que conduire à contre sens sur une route hyper fréquentée n'est pas toujours fatal; que la cnfrontation de l'offre et de la demande détermine effectivemnt les prix; que le hip hop khmèr est prolifique; qu'on ne trouve pas facilement des guitares...

Ce qui m'a frappé, c'est leluxe tapageur des hotels de siem reap et des quartiers riches de Phnom penh, où fleurissent les palaces dégoulinant de kitsch et de dollars... ce qui m'a frappé surtout, c'est qu'à quelques rues seulemnt les gens s'entassent dans des taudis immondes...

Ce qui m'a frpppé aussi c'est la jeunesse de la population. et une fois passée la joie de voir partout d'adorables enfants, vient la désillusion. S'ils portent leurs paniers de livres, leur tas de foulards ou de sacs, s'ils viennent vous aborder, vous parler en anglais avec le sourire, c'est qu'ils ne sont pas à l'école, qu'on les envoie travailler...Alors on ferme ses émotions, on refuse de s’apitoyer, et on prend l’inacceptable pour inévitable, on se ferme comme dans un métro parisien et on prétend ne pas les voir, ne pas les entendre. Et même si le Bambou leur parle,  crée un lien, une complicité, à l'arrivée toujours une fois encore, l'enfant demande "some dollars" et le refus catégorique à nouveau s'impose. on perd vite l'espoir qu'il puisse en être autrement...8c578f922d917a466561ac0beb1e4094.jpg

mais ma venue a également servi de prétexe au Bambou pour une cure intensive de gastronomie occidentale: de vrais steacks, des lasagnes...des petits déjeuners hors compétition... et pour notre dernier soir, un diner en tête à tete, ambiance romantique, perdues au milieu de ces couples amoureux, sirotant un cocktail, sur notre terrasse...

Des temples, il n'y a pas grand chose que l'on puisse dire, ce n'est pas quelque chose dont l'on parle, c'est quelque choce que l'on vit... c'est la sensation qui compte, de se promener hors des sentiers battus par les tongs des touristes, errer entre les arbres et les pierres, tantot rouges, tantot vertes selon les lieux et les caprices de la nature. tourner cent fois dans les plus petits couloirs, s'y perdre, fuir le touriste chinois pour pouvoir prétendre être seule au monde, première à pénétrer dans ces lieux inviolés. Puis dans un autre temple, s'émerveiller étouffée par ces visages immenses et imposants qui vous donnent le tournis, resserés et surchargés, machine à remonter le temps... Danser parmi les apsaras, s'inquiéter des murs qui penchent et des plafonds qui tombent...

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A l'arrivée, j'aurai trouvé bien plus au Cambodge que le touriste moyen. J'aurais trouvé une nouvelle culture bien sur, l'émerveillement face au théâtre d'ombres, mais aussi un petit bout de France, et j'aurai retrouvé le confort d'une amitié déja un peu datée...

j'aurai trouvé la joie tout simple et toute douce, de chanter les Wriggles ou son répertoire de chanson francaise du fin fond de son lit dans la nuit de Siem Reap... et qu'importe si plus tard, quelques khmers eurent le sourire aux lèvres en voyant ces deux barang chanter dans la rue...

Tout cela grace à bambou. meric mille fois... je t'admire plus encore pour ce que tu fais, ce que tu es...6cac7b4745d9bf21dc657fa1487372c0.jpg Tu es toujours la bienvenue à Taiwan!

New aèna ? (7)

Il est venu le temps de clore cette série. Souvenez-vous d'où nous sommes partis, et regardez où nous atterrissons. A l'opposé de Toul Kork, au sud de Phnom Penh, pas si loin des bâtiments du CPP, du Sénat, du Ministère de l'Intérieur, de l'idyllique Chamcarmon City, se dresse cette horreur.

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Le Building.
Julie vous dira qu'il n'y a pas si longtemps, ce bâtiment était considéré comme un fleuron de l'architecture.

Ceux de vous qui ont vu le dernier film de Rithy Panh, "Le papier ne peut pas envelopper la braise" ont une idée du genre de gens qui vivent là : prostituées, trafiquants, gangs, mais aussi des gens qui, attirés par les lumières de la ville, bradent leur lopin de rizière et viennent tenter leur chance à Phnom Penh... pour s'apercevoir que Phnom Penh n'a rien à leur offrir d'autre que le Building.

A l'origine (demandez à Julie de quand ça date, l'origine), le Building avait un frère jumeau. En 2001, la municipalité a estimé que ça ne pouvait plus durer. Elle avait un besoin urgent de liquidités, vous comprenez.
Elle a donc imaginé un plan machiavélique : mettre le feu au Building, et ainsi faire d'une pierre deux coups : se débarrasser de tous les squatteurs qui donnent une si mauvaise réputation au coin, et libérer le terrain pour le vendre aux promoteurs.

Sitôt dit, sitôt fait, et en une nuit, des centaines de familles se sont retrouvées sur le carreau, toutes leurs maigres possessions étaient parties en fumée.
La municipalité, émue face à un si regrettable accident, à offert à chaque famille un terrain de 100 m² et 9 pilônes pour y construire une maison dans un coin perdu à 30 km à l'ouest de Phnom Penh, auquel elle a donné le nom de Samaki.

Solidarité.

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Rassurez-vous, Samaki se développe. D'abord, pas moins de 15 ONGs sont venues s'y implanter, parmi lesquelles Enfants du Mékong. Parrainage, école maternelle, église du 7ème jour, et même un centre de tri des déchets (avec des poubelles flambant neuves, mais dont le chef de commune n'a jamais daigné se servir, le centre était trop près de son bureau, l'odeur l'aurait empêché de travailler).

Ensuite, les terrains alentours, qui étaient en 2001 des rizières, sont rachetés par des investisseurs et tous les ouvriers de construction de Samaki sont mobilisés pour y construire des usines ou des entrepôts.

Des fois, vraiment, je me demande pourquoi je m'insurge.

01.02.2008

Miroir au mur

Certains de nos étudiants (non mais, v'voyez ça? je me les suis déjà appropriés...) sont de vrais minets. Matin et soir, on est sûr d'en trouver un devant la glace, en train de se coiffer après la douche, ou de se mettre des petites crèmes. Et encore, je crois qu'on n'a aucune idée de l'ampleur du phénomène parce que certains se cachent pour le faire.

C'est pas une critique, moi, je viens de claquer une fortune en cosmétiques...

Non, c'est juste que ça me fait beaucoup rire.

Du coup, l'autre jour, en surprenant Chanroeun devant le miroir, je leur ai raconté l'histoire de Narcisse.

Ils ont bien aimé. Et ça leur a fait penser à une histoire khmère que je m'en vais vous conter.

J'aime bien les histoires khmères.

 

C'est l'histoire d'un homme qui tombe sur un petit miroir. Mais il n'en a jamais vu, il ne sait pas ce que c'est.
Quand il se regarde dedans, il voit un homme. Tout de suite, il pense que c'est l'esprit de cet objet bizarre qu'il vient de ramasser. Du coup, il construit un autel et fait des offrandes au miroir.

Passant par là, sa femme voit le miroir, et se demande ce que c'est. Elle attrape le miroir et, regardant dedans, voit une belle femme.
"Il a une maîtresse !", se dit-elle immédiatement.

Et, en rage, elle l'apporte à sa mère pour lui demander conseil. Celle-ci prend le miroir, le regarde sous toutes ses coutures et s'offusque :
"Et en plus, elle est plus vieille que moi !"

 

Et là, Hoh est arrivé pour se peigner devant le miroir.

Bang pehone

Parfois, on fait une visite, et le filleul ne sait pas où se mettre. On dirait que c'est la première fois.

Première fois qu'on vient faire une visite chez lui. Première fois qu'il voit une Barang. Première fois qu'il voit une Barang qui parle khmer. Première fois qu'on lui demande de sortir ses cahiers, et ce qu'il veut faire plus tard, et combien sa mamn lui donne chaque jour pour aller à l'école, et comment il y va (RAPPEL leçon 13 : "Cih èy teuw?").

Et à ces moments-là, y'a toujours la maman qui sort de son sarong un petit frère ou une petite soeur trop mignon, qui n'a honte de rien et fait le clown pendant toute la visite. Et évidemment, comme il est marrant, comme tout le monde le regarde, il ne se sent que plus de courage et il est encore plus marrant. Et le filleul ne recroqueville encore plus.

Aujourd'hui, je crois que tous les petits frères et soeurs du programme de Krol Ko nous attendaient à 8h30.

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