31.01.2008
You've got mail
Ce soir, Sokhkeam a bondi de sa chaise quand je suis rentrée à la maison. J'en ai déduit qu'il voulait me demander quelque chose.
"Eva, could you help me?" (Je vous la fais sans accent, un autre jour peut-être).
Sokhkeam a reçu une lettre de ses parrains en France. Depuis 5 mois qu'il est à Phnom Penh et parrainé, c'est la première qu'il reçoit.
La famille a fait l'effort d'écrire en anglais. Ils se présentent, lui expriment tout son soutien pour ses études. Mais voilà, anglais ou pas, ils écrivent comme des médecins.
"Can you help me, I cannot read some words."
Et nous voilà partis, il lit tout haut et je déchiffre les mots qui sont trop mal écrits, en lui expliquant ceux qu'il ne connaît pas.
"And if I want to answer, what do I do?"
Je me lance dans une explication de la procédure, tu écris une lettre, tu la donnes à Sokhour au bureau, qui l'enverra à tes parrains puisqu'elle connaît leur adresse. Ca prendra bien trois semaines, mais c'est la règle.
Une photo? Pas de problème, il demande à Héloïse ou moi, on fera développer une belle photo de lui pour joindre à la lettre.
"Yes but, Eva, can I write an e-mail?"
A ce moment-là, un jeune ex-futur-paysan de la province de Sisophon a rappelé au bambou l'existence d'Internet.
Qu'on ne vienne pas me dire que la relation entre le parrain et son filleul, c'est du pipeau. D'ailleurs, j'en sais quelqque chose, Mithona m'a donné une lettre à moi aussi.
Sokhkeam a reçu une lettre, et il flotte sur un petit nuage.
Promis, dès qu'on a pris la photo, je la poste.
19:15 Publié dans Mes colocatétudiants | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
29.01.2008
Sisophon
Début janvier, je suis allée faire un tour à Sisophon.
Quand on arrive à Sisophon, on est au Far West.
On m'avait dit tu verras, Sisophon, c'est vraiment moche.
C'est vrai.
On m'avait dit tu verras, Sisophon, y'a tout le temps des mariages, qui durent trois jours et deux nuits. Surtout deux nuits.
C'est vrai aussi.
Mais à Sisophon, il y a un grand centre Enfants du Mékong. Une batterie de professeurs, des cours supplémentaires de 6h à 18h, et des foyers pour les collégiens et lycéens qui, pour une raison ou pour une autre, ne peuvent pas continuer leur scolarité en restant chez eux.
A Sisophon, il y a une équipe de choc, rassemblée par Martin au fur et à mesure, et à 99% khmère (le pour cent restant, c'est Martin...).
A Sisophon, il y a une bibliothèque, un laboratoire de langues, une salle informatique, des terrains de sport.
A Sisophon, on se repose. De Phnom Penh et du bruit, mais aussi on se décharge d'un peu de découragement qu'on amasse à Phnom Penh.
Comprenez-moi bien, c'est pas que je me sente découragée, mais pour une petite victoire, il y a aussi beaucoup de familles dont la situation stagne, qui n'ont pas compris que si on les aide, il faut avant tout qu'elles s'aident elles-mêmes. Et il y a aussi les nombreux filleuls qui arrêtent, pour se marier, pour travailler, ou parce qu'ils ne sont pas bons à l'école.
Quand on va à Sisophon, on comprend mieux pourquoi la majorité des jeunes parrainés qui deviennent étudiants à Phnom Penh viennent de là-bas.
19:58 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Sur les trottoirs de Phnom Penh (1)
Vous le savez, ou pas, au Cambodge, on ne marche pas. J'ai eu toutes les peines du monde l'autre jour à expliquer à Veasna ce qu'était un trottoir. Et pour cause, ici, les trottoirs ne sont pas du tout réservés aux piétons comme c'est le cas en France.
PARENTHESE [Grr, le lecteur me fait devenir chèvre. Et désordonnée... Veasna, c'est un de mes colocatétudiants, qui étudie à l'ITC (Institut Technologique du Cambodge). L'ITC est une école prestigieuse, mais c'est aussi un héritage de la grande période coloniale, donc tous les cours de maths, physique et chimie sont dispensés en français. Veasna apprend le français tous les matins de 7h à 9h. De temps en temps, il profite de ce qu'Héloïse et moi parlons plutôt pas mal le français pour nous poser quelques questions. L'autre jour, il m'a demandé de lui aexpliquer le mot convergence, et ce jour-là, je me suis aperçue que je n'étais pas fluent en français.] FIN de la PARENTHESE.
Dans mon quartier, quand un homme richissime et corruptissime construit une baraque, il construit aussi le bout de trottoir qui la longe, et c'est ensuite à lui de l'entretenir.
A Phnom Penh, les gens qui possèdent ainsi un bout de trottoir peuvent l'utiliser pour monter un commerce, ou louer un espace pour un vendeur.
Donc, une série consacrée à ces vendeurs ainsi qu'aux vendeurs ambulants.
Lui, c'est le vendeur de Teuk Ampew. Mmmh.
Ca se voit à la canne à sucre dessinée sur sa boutique roulante. Quand on a l'oeil (et quand la photo est prise avec le bon angle), ça se voit aussi à la roue en forme de gouvernail de grand bateau à voile, genre "Tiens bon la voile et tiens bon le vent / hissez haut / Santiaano", à gauche, qui sert à réduire les bâtons de canne à sucre en purée.
Je dis purée, parce que quand, pour préserver nos petits estomacs fragiles, ma famille et moi avons demandé un verre sans glaçons à Snuol, on s'est vite aperçus que le jus de canne, c'est assez indigeste à l'état pur. Donc, ça se consomme on the rock.
C'est aussi particulièrement bon quand il y a une touche de mandarine.
Neak lurk ! Som teuk ampew mouy kaèv !
Je le boirai à votre santé.
19:35 Publié dans Scènes de la vie cambodgienne | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
21.01.2008
Tew na?
Si vous vous rendez au Cambodge, vous serez peut-être tentés d'apprendre à dire bonjour, avec le geste qui va bien.
Oui mais. Comme l'a justement fait remarquer Eugénie ici, comment diable prononce-t-on /cum rirp sour/?
La solution que vous propose n'est nullement une solution de facilité. C'est une réalité. Au Cambodge, on se salue plutôt avec des formules du type "Teuw na?" ou "Mok pi na?", ce qui veut dire "Où vas-tu?" et "D'où viens-tu?'. Vous en conviendrez (et je vous préviens, c'est une figure de style parce que je n'accepterai aucun(e) contestataire), c'est beaucoup plus facile à prononcer.
Medang tirt : Oui mais. La vraie question devrait être : "Cih èy teuw?" ou "Cih èy mok?".
Quel moyen de transport as-tu / vas-tu utiliser pour y aller?
Croyez-en mon expérience.
Je n'avais pas l'intention de vous en parler avant d'être sûre qu'Eugénie soit dans l'avion, le 2 février au matin, mais maman a vendu la mèche.
Les transports au Cambodge, c'est à vos risques et périls.
D'abord, il y a les routes. Boueuses, ou cabossées, ou les deux.
A Champus Khaèk, le gouvernement
Attendez, je recommence. A Champus Khaèk, le Cambodian People's Party a fait refaire la route. Je lui diagnostique une durée de vie de 8 mois (à la route, pas au CPP). La couche de bitume est tellement mince, qu'avec le passage des camions, puis les pluies à partir de juillet, la route se retransformera en un chemin de terre, plein d'ornières et se transformant en piscine à chaque pluie de mousson. Mais à cette époque, ça n'intéressera plus personne, vu que le CPP sera majoritaire à l'Assemblée et Hun Sen Premier ministre.
Ensuite, il y a les moyens de transport en eux-mêmes.
Je ne parle pas de la moto, parce qu'on ne peut monter qu'à 5 dessus.
Mais par exemple, avez-vous déjà pris un Camry? Un Camry, c'est une voiture de la marque Toyota, qui, selon nos standards d'Européens, permet de transporter 5 personnes. 6 à la rigueur, en se serrant bien, et en mettant les bagages dans le coffre.
Les Khmers y rentrent à 8 ou 9. Parfois, pour gagner de la place, le chauffeur s'assied sur les genoux d'un passager, et les poules sont reléguées dans le coffre...
L'étape au-dessus, c'est le pick-up. Le degré d'entassement à l'arrière d'un pick-up est illimité. Il dépend de l'ingéniosité des gens, de la quantité des bagages. Si je fais voyager ma moto en pick-up, il se trouvera bien deux équilibristes pour faire la sieste dessus pendant les 5 heures que dure le voyage.
Ensuite, on peut prendre un lan-touris (une voiture pour les touristes...). C'est le genre de véhicule que j'ai utilisé pour emmener 25 enfants au CCF. Pour revenir du Mondolkiri, on était une quinzaine dedans. Mais c'est parce qu'il y avait beaucoup de Barangs.
L'apogée, c'est clairement le bus.
Dans le bus, pour contrer la clim, il faut penser à prendre un pull. Dans le bus, il faudrait aussi des boules Quiès, parce qu'il y a peu de personnes qui sont fascinées par le Karaoké pendant 5 heures. Même les Khmers s'en lassent, à la longue, mais ils n'osent pas le dire.
Dans le bus, c'est toujours mon voisin qui a le mal des transports. Dans le bus, il y a en permanence des odeurs de nourriture, et pas forcément des trucs appétissants.
On y passe finalement très peu de temps, dans le bus. Les compagnies ont des accords avec tous les restaurants qui se trouvent sur le bord de la route. Et c'est même pas duty-free.
Enfin, il y a tous les risques que l'engin, quel qu'il soit, tombe en panne. On devrait s'y attendre quand on monte dedans / dessus, vu l'allure du véhicule en question, et puis on devrait s'y attendre parce qu'on est au Cambodge, et qu'ici, tout ce qui peut tomber en panne tombe en panne, un jour ou l'autre, mais plutôt aujurd'hui que demain, en général. On s'y fait.
Bon, c'est l'heure, j'vous laisse. Je vais à la bibliothèque du CCF en moto.
08:36 Publié dans Scènes de la vie cambodgienne | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note
15.01.2008
Toc toc toc
19:11 Publié dans Faune et flore | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note
08.01.2008
Mondolkiri
A l'occasion des vacances de Noël, le bambou a eu la visite de ses parents et de Claire. Du coup, nous avons décidé d'en profiter pour découvrir une région qu'aucun de nous ne connaissait encore, le Mondolkiri.
L'auteur de cet article ne prétend pas supplanter le Lonely Planet, mais tout de même, il est utile de savoir que si l'on souhaite se rendre dans le Mondolkiri, la compagnie de bus Hua Lia propose un départ chaque jour à 7h en saison sèche.
Départ 7h, donc, arrivée 17h30.
C'est une chance que notre entrée dans les "villes" qui bordent la route coïncident avec un repas de la journée.
Muth Kamput, le petit-déjeûner.
Skun, la collation de 10h.
Kampong Cham, on s'arrête juste pour prendre des passagers, et des colis. Je suis déçue parce qu'aucun passager n'insiste pour mettre ses poulets dans les soutes.
Snuol, le déjeûner.
Ensuite, c'est plus difficile. Les "villes" s'espacent. Et comme nous n'avons pas été très prévoyants, nous avons dû sauter la collation de 14h et le goûter. Ca non plus, le Lonely Planet ne le dit pas.
La route se transforme en un bandeau de terre rouge qui coupe les champs d'hévéas, grimpe une colline pour mieux sinuer dans la vallée suivante, et arrose de poussière toute la flore et la faune.
Arrivés à Sen Monorom, nous avons le choix parmi une dizaine de guesthouses et autres hôtels, tous plutôt vides, car les touristes ne sont pas nombreux dans la région.
Le critère déterminant est l'eau chaude. A Sen Monorum, on supporte très bien une petite veste. Et des chaussettes. Et une bonne couche de couvertures la nuit. Et l'eau chaude pourla douche, cela va sans dire.
Il nous faut ensuite organiser notre séjour.
Qu'à cela ne tienne, les employés de la guesthouse font jouer leur carnet d'adresses rien que pour nous. A Sen Monorom, il ne faut pas jouer à l'original. On nous propose un aller-retour à la magnifique cascade de Bou Sra pour le premier jour, et une balade à dos d'éléphant pour le deuxième jour. Après on verra.
Vu que nous sommes de grands originaux, et que nous n'aimons pas suivre les sentiers battus, nous avons fait la balade à dos d'éléphant le premier jour.
Le départ de la balade se fait dans un village phnong, ce qui nous a permis de découvrir quelques-unes de leurs particularités, les habits, et le style des maisons. Les images s'imposent.
Ca, c'est la réponse des Phnongs à la question "New aèna ?".
L'éléphant, c'est finalement - et contrairement à ce qu'on pourrait croire si on se renseigne sur sa taille - un véhicule plutôt maniable. La seule exception, c'est quand il a décidé de manger un tronc de bananier. Et ça arrive plus souvent qu'on croit.
L'éléphant, c'est aussi un animal qui passe partout (se référer à la remarque ci-dessus). Ca grimpe des dénivelés incroyables, droit devant sans une arrière-pensée, et une fois arrivé en haut, il est même pas essoufflé l'éléphant.
L'éléphant, c'est un investissement familial.
Ben oui, dans le Mondolkiri, l'éléphant a une durée de vie plus longue que les gens.
L'éléphant, c'est aussi un animal qui aime bien les bains. Pas comme mon chat (quoi, je vous ai pas parlé de mon chat? Bon, mais je suis une fille d'ordre, alors va falloir patienter, parce qu'il n'a pas participé à notre virée dans le Mondolkiri).
Mais à propos de toutes ces caractéristiques fascinantes de cet animal époustouflant qu'est l'éléphant, le Lonely Planet reste muet.
Comme vous l'aurez deviné - nous sommes des aventuriers, mais pas tant que ça - le deuxième jour, nous avons fait l'aller-retour à la maginifique cascade de Bou Sra (je voulais mettre un éléphant pour vous donner une idée de la hauteur de la cascade, mais j'en avais pas sous la main...).
Tout ça pour dire que le Mondolkiri, c'est pas mal. Et qaund on y va avec ses parents et sa petite soeur qu'on n'a pas vu depuis 5 mois, c'est franchement bien.
Enfin, dernière info, mais d'importance : dans le Mondolkiri, on peut manger de la choucroute. Des frites avec un bon steak. Des spaghettis bolognaise. Des spécialités népalaises.
Ca, le Lonely Planet le dit.
20:10 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note







