24.12.2007

Adoptée

Il y a deux mois, j'ai raconté à ma mère mon premier fou-rire avec des femmes khmères, lors d'une visite d'ouverture de parrainage. Elle m'a conseillé d'en faire un post, avec le titre "Adoptée".
Je ne l'ai pas fait parce que j'avais l'impression que l'histoire passerait mal.

Je ne regrette pas.

Après ce premier moment de communion si j'ose dire, il y en a eu d'autres. Mais il y a aussi eu des moments où la méfiance de ces gens que j'essaie d'aider était presque palpable, comme un mur entre eux et moi, et qui me prouvait bien que j'étais loin d'être acceptée.

C'est encore le cas de temps en temps, et vraisemblablement, il y aura toujours des familles défiantes face à la Barang qui ne connaît rien de la dureté de leur vie et qui cherche à leur imposer des règles qu'ils jugent futiles.

Mais il y a eu comme un déclic ces dernières semaines. En l'espace de quelques jours, des mamans de Champus Khaèk et de Krol Ko nous ont proposé de manger chez elles quand nous passons la journée dans le programme, plutôt que dans un bouiboui hors du village comme nous faisons d'habitude.
A Krol Ko, une maman m'a dit aussi que tout le monde pleurerait lors de mon départ.

Mais surtout, les filleuls de Takéo m'ont offert une fête de Noël.

Ils nous attendaient au lieu de distrib, qui se trouve sous la maison du chef du village, rayonnants et tenant une fleur dans la main. A peine sortie de la voiture, je me suis retrouvée avec un gros bouquet dans les mains, et des guirlandes de fleurs autour du cou.

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Ensuite, Roatanak m'a offert un krama en coton, dans un petit paquet cadeau avec un petit message en anglais.

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Ils avaient loué des enceintes, alors on a chanté, dansé, et on s'est amusés.
Arampiya !

Je ne sais pas comment vous faire part de mon émotion, comment vous dire à quel point ça compte pour moi que ces jeunes se soient décarcassés comme ça pour me faire plaisir, à quel point j'aime les petites mains chaudes qui se glissent dans la mienne quand on se promène dans un programme, ou comme je suis contente quand je m'aperçois que je suis de moins en moins "Neak Kru" et de plus en plus "Bang Srey" ou "Eva".

16.12.2007

Monorum

Monorum est arrivée !!! (sur un air bien connu)

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Il était temps.

Après des débuts un peu difficiles (entre le moment où je l'ai engagée, et celui où elle a commencée, il s'est bien passé un mois et demi pendant lequel LONG Saroeun et moi avons bien galéré), et une semaine de formation en free-style parce que Saroeun, sur lequel je comptais, a été envoyé à Sisophon au dernier moment, nous voilà devenues super potes.

Monorum a 27 ans et moi 23. Elle est l'aînée d'une famille de 5 enfants, mais la seule qui ait fait des études (au département d'études francophones de l'Université Royale de Phnom Penh), grâce au soutien d'un parrain français et de l'ONG Enfants d'Asie Aspeca.

Elle est vraiment sympa, et comme je m'y attendais, très consciencieuse. Elle apprend vite, et c'est ce dont j'ai besoin actuellement.

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Seul problème, on se tutoie, alors que je donne du "Monsieur LONG Saroeun" à l'autre travailleur social depuis quatre mois...

15.12.2007

Arghhhh !

C'est un peu contre mon gré que je me retrouve à vous faire une saga "Urgences".

Après ma plongée dans l'univers de l'hôpital Preah Kétomealea, je croyais avoir tout vu.
Quelle naïveté !

Quel choc, aussi, parce qu'il m'a bien fallu une semaine pour me décider à vous en parler. C'est pas toujours facile de témoigner, surtout quand on se sent aussi impuissant que moi dans cette p... de clinique.

Le même vendredi où j'ai accompagné la maman de OK Thea, SUON Vitey a eu un accident. Du coup, nous sommes allés lui rendre visite dans la clinique privée où il était hospitalisé.
Dans le cadre du projet "Santé pour tous", nous indemnisons les familles à hauteur de 3$ par jour d'hospitalisation, ce qui permet de financer la nourriture.

SUON Vitey a eu un accident. Lui et son grand frère étaient à moto, quand est arrivée une grosse Lexus. Evidemment, le conducteur ne s'est pas arrêté.
Evidemment.

Par chance (s'il est permis d'employer ce mot dans de telles circonstances), le conducteur a été arrêté par la police peu après. Son assurance prendra en charge tous les soins.

 

Vendredi donc, nous sommes allés à la clinique Hong Sen. Non, ce n'est pas le nom d'un illustre médecin chinois qui a vécu à l'époque de Confucius. Plutôt du riche et rapace propriétaire, si vous voulez mon avis.
C'est un cube, plus aseptisé à l'extérieur qu'à l'intérieur. Vitey était installé dans une chambre située au deuxième étage et dont les fenêtres donnent directement sur un magnifique chantier.
Les médecins sont tous chinois, et ne se déplacent jamais sans une infirmière-traductrice.

Vitey n'allait pas fort. Sa lèvre supérieure, en bouillie, venait d'être recousue. Il avait très mal à la tête, vomissait tous les aliments que sa mère lui donnait amoureusement, et sa jambe droite était insensible.
Les médecins, pour résoudre ces problèmes, lui avaient fait un scanner qu'ils ne savaient pas interpréter, et lui fournissaient en abondance glace et perfusion d'eau salée (sodium chloride en chinois).

 

Jeudi, nous y sommes retournées avec Monorum. Tranquilisez-vous, elle fera l'objet d'un post entier, elle le vaut bien.
Vitey n'allait pas fort. Sa lèvre supérieure, en bouillie puis recousue, venait d'être débarrassée de ses pansements. Il avait très mal à la tête, vomissait tous les aliments que sa mère lui donnait amoureusement, et sa jambe droite était insensible.
Les médecins, pour résoudre ces problèmes, avaient appelé un oracle pour tenter de déchiffrer le scanner, et fournissaient en abondance glace et perfusion d'eau salée (sodium chloride en chinois) à Vitey.

Nous avons fortement conseillé à la maman de vite sortir son fils de là et de le faire admettre à l'höpital Kuntha Bopha, dont personne ne me verra jamais écrire du mal.

 

Le grand frère va bien, merci.

09.12.2007

Montipèt Preah Kétomealea

La maman de OK Thea est diabétique. Comme de nombreux Cambodgiens.

Et comme de nombreux Cambodgiens, elle n'a pas les moyens de se soigner à vie...

Rithy, le papa, est mototaxi. Il gagne 10 000 riels par jour (2.5$), mais ne vit pas avec sa femme et ses enfants, auxquels il donne de l'argent de temps en temps. Pao Sarou, la maman, vend des vermicelles et son revenu quotidien s'élève à environ 2$. Ils ont 8 enfants, et à part le second et le 7ème qui sont partis vivre chez leur grand-mère dans une autre province, tous vivent encore à la maison. L'aîné a 23 ans, il est mécanicien moto, "sur la rue" m'écrit LONG Saroeun. Il gagne 1,5 $ par jour. Thea, qui est parrainée par Enfants du Mékong, Thean, Srey Nieng et Somnang vont à l'école.

Tous les 8 s'entassent dans une chambre de 3 m sur 6, et ils ne sont séparés des voisins et de la voie ferrée que par une mauvaise porte et des murs en contreplaqué. Pour ce placard, ils paient 17$ de loyer par mois.

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Tout ça pour dire que Sarou est diabétique.

Mercredi, LONG Saroeun et moi l'avons emmenée au centre de santé Samdech Aeuv (le même où le petit frère de Sophoan Mai est né), pour apprendre que celui-ci, comme tous les hôpitaux de la ville n'ouvrait ses portes qu'entre 8h et 10h30.

Ce matin, nous sommes repartis en quête, espérant trouver un hôpital où elle pourrait obtenir des médicaments gratuits. On nous a indiqué l'hôpital Sihanouk, mais en plus de n'ouvrir leurs portes que le matin, ils n'admettent chaque jour que 10 patients !!

Du coup, nous avons atterri à l'hôpital Ketomealea, où il semblait y avoir un bâtiment dédié entièrement aux diabétiques. En voyant le médecin, nous avons pensé que c'en était fini de nos malheurs...

En fait, non, ils ne faisaient que commencer, pour reprendre une phrase toute faite.
Je ne sais pas comment vous parler de ce docteur bedonnant, qui ne parle pas un mot de français mais rédige ses ordonnances dans cette langue.
Je ne sais pas comment vous donner une idée de l'aménagement des locaux, succession de pièces bruyantes, sans portes de séparation. Pendant notre consultation et conformément aux instructions de l'infirmière, une jeune femme va s'allonger sur le lit dans le cabinet du docteur pour une prise de sang. Le cabinet en question fait aussi salle d'attente...
Je ne sais pas comment vous décrire sa grosse bague dorée et son stylo Waterman version taïwanais. Je ne sais pas comment vous faire entendre le ronronnement du frigo dans lequel l'infirmière, qui était aussi la pharmacienne, qui était aussi la portière, qui ne portait pas de blouse, a glissé les échantillons de sang.
Je ne sais pas comment vous faire partager mon effroi quand le docteur a glissé les billets que je lui tendais dans son gros portefeuille.

"Nous faisons payer les médicaments", nous a-t-il dit, "car nous n'avons pas les moyens de les donner aux plus pauvres. Regardez, à Sihanouk ils font ça et voilà où ils en sont. Par contre, la consultation est gratuite."

Et pour cause. En une demi-heure, j'ai déboursé plus de 10$. La consultation est gratuite, mais pas l'examen de sang. La consultation est gratuite, mais pas le carnet de santé.

Oui, la consultation est gratuite... Qu'est-ce que ça serait si elle était payante !

05.12.2007

New aèna ? (6)

Là, je vous préviens, on s'éloigne franchement des beaux quartiers de Phnom Penh.
Quoique, pour l'avoir couverte assez souvent, je peux vous dire que la distance Tuol Kork - cloaque n'est pas si grande que ce qu'on croit.

Des cloaques, il y en a à Samaki, par exemple, où les terrains sont inondables (et inondés, sinon c'est pas drôle).

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Il y en a aussi à Champus Khaèk, où, quand les terrains ne sont pas inondables, les maisons ne sont pas des palaces pour autant.

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On en trouve enfin à Phnom Basset, où les maisons sur pilotis ont murs en feuilles de palme, et où il faut mettre des vieux pneus sur les toits pour qu'ils ne s'envolent pas.

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Mais comme on le verra plus tard, et comme le dit et redit DXD, au Cambodge la misère des campagnes est plus digne que la misère des villes.
A la campagne, les maisons ne sont pas entretenues, faute de moyens, mais les familles sont unies, les voisins s'entraident et les enfants ont à manger grâce à quelques ares de rizière, un petit potager ou trois arbres fruitiers.

En ville, c'est une autre paire de manche, surtout dans ces endroits idylliques que je vais vous montrer bientôt.

02.12.2007

Tableaux d'une exposition

Samedi matin matin. J'ai sorti ma petite laine, depuis la fin de la saison des pluies il fait froid. Je sens qu'il y en a trois qui vont se moquer de moi fin décembre...
LONG Saroeun travaille, une fois n'est pas coutume.

C'est que le Centre culturel Français (CCF pour les intimes, "Alliang" pour les Khmers) nous a ouvert ses portes, et que les enfants sont conviés.

Pour la première fois, nous avons choisi les enfants de Champus Khaèk. Parce que c'est un petit programme, pas trop éloigné de Phnom Penh. Parce que je les aime bien. Parce que Mithona et Vireak font partie du lot...

Retardés par une manifestation gouvernementale doublement inopportune de l'amitié entre le Royaume du Cambodge et la Dicta... l'Union du Myanmar, nous arrivons enfin à Champus Khaèk. Les enfants nous attendent, en uniforme et excités comme des puces.
Le van aussi est là. (Mais comment on va réussir à mettre les uns dans l'autre???).

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Nous nous trouvons devant l'obligation d'en laisser sur le carreau. Ils tapent sur les vitres, ça nous fendrait le coeur s'il n'était pas emmitouflé dans deux couches de krama.

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Nous partons enfin, nous arrivons pile à l'heure.
Le CCF nous a concocté un joli petit programme. Tout d'abord, visite de l'expo, avec commentaires de l'artiste en direct. J'aimerais vous dire que l'oeuvre est profonde (le nom de l'expo est "Regards profonds"), mais je n'en sais rien. Sou Mey parle en khmer, parfois en nous tournant le dos, et le hall est bruyant et résonne. Le point positif, c'est que ça dure juste assez longtemps pour que les enfants restent concentrés.

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Ensuite, nous rejoignons la salle de cinéma, où Matilda Wormwood se débat en anglais sous-titré français contre l'horrible Miss Trunchbull. Je ne sais pas ce qu'en ont tiré les gamins. Les personnages sont tellement caricaturaux qu'ils ont certainement compris grosso modo ce qui se passe, mais quelle image ça leur donne de l'Occident?

Enfin, j'offre le déjeûner avant notre retour cahotique (mais en rien chaotique, si vous suivez, tout marche comme sur des roulettes depuis le début). Comme tous les Khmers, les enfants engloutissent leur assiette en deux temps trois mouvements.

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Pour les occuper, je leur ai laissé mon appareil... Je recommencerai.

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Quel est le comble pour une moto?

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Rentrer au bercail en camion...

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