31.10.2007

Passez commande

Lors des visites de familles, une des premières questions que nous posons concerne le métier des parents. Nombre d’entre eux sont des journaliers.
Journaliers de construction sur un des innombrables chantiers du pays, journaliers agricoles, dans les rizières lors du repiquage ou de la récolte, ou à Champus Khaèk, journaliers chargés d’enlever des herbes sur le terrain d’un voisin (pour la petite histoire, le voisin, c’est sur nos fiches, mais en khmer, les parents de filleuls enlèvent des herbes sur le terrain de « ké », un autre).

Ce qui m’amène à mon sujet : en khmer, journalier se dit

sIuQñÜlykR)ak;éf


/sii chhnuol yok prak thngai/
Ce qui veut dire littéralement “Celui qui mange le domestique pour prendre son salaire journalier"

29.10.2007

Thngay nih, yeung tew psar Orussey

Le bambou aime le marché.

Pendant un temps, le bambou a fréquenté les supermarchés d'expats (du groupe Lucky, pour ne pas faire de pub)mais :
_ par définition, dans ce genre de lieux, il n'y a que des expats
_ et donc, en conséquence du point soulevé plus haut, le supermarché pratique des prix prohibitifs
_ le temps qu'on gagne parce qu'il n'est pas nécessaire de marchander, on le perd à chercher son chemin au milieu des produits aux étiquettes écrites en chinois ou en thaï, et c'est beaucoup moins sympa comme façon de perdre son temps.

Une fois ces observations judicieuses faites, le bambou a déserté ces temples de la consommation dont la fréquentation lui hérissait les feuilles sur la tête, et a fait le tour des marchés de la ville.
Le bambou achète ses habits au marché russe, sa lessive au marché de Tuol Kork, et va occasionnellement manger un petit plat vietnamien au marché central, mais pour une petite balade sans aucun but, c'est bien le Marché Orussey que le bambou préfère. Du coup, le bambou a décidé de vous emmener avec lui.

Pour une fois, le bambou entre par l'entrée principale.
Après vous.

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Au Cambodge, les marchés sont couverts, parce que permanents. Ouverts à l'aube, ils ferment vers 17h environ. Tout autour du marché, il y a de nombreux parkings gardés où garer sa moto contre la modique somme de 500 riels (1$ = 4000 riels, c'est dire si la somme est modique). Le risque est de ne pas la retrouver dans la multitude, ou pire, de ne pas reconnaître l'endroit où on a posé la moto. Par chance, en général, les gens me reconnaissent...

Le marché est organisé en petites échoppes numérotées, installées de part et d'autre d'allées relativement étroites.
Voyez un peu :

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Le rez-de-chaussée est consacré aux aliments (plus ou moins périssables) : dans le coin réservé aux légumes, au poisson et à la viande, mieux vaut relever son pantalon.
A l'étage sont regroupés les vendeurs d'habits, chaussures, tissus, draps, nattes, sacs, etc.
Au marché, on peut acheter un poisson et le faire préparer par une cuisinière. Au marché, on peut acheter un tissu et le faire coudre par une couturière. Au marché, il y a des coiffeurs et des esthéticiennes.

66cccdd43c9fb7078718e4856fac2ebf.jpgLe bambou croise toujours avec admiration les hommes qui tirent derrière eux de lourds chariots pleins de cartons en criant "Mouy mouy !" pour que les gens s'écartent.
Le bambou s'en veut toujours un peu quand, pour lui montrer un T-shirt, une jeune fille escalade son étal, farfouille dans les piles de tissu, en retire un petit paquet fait avec beaucop de soin et dont elle extirpe ledit T-shirt. Le bambou s'en veut surtout quand il n'achète pas ledit T-shirt.
Ici, dès qu'on commence à marchander, il est difficile de revenir en arrière.
Le bambou observe toujours avec beaucoup d'amusement les vendeurs qui dorment dans un hamac suspendu au-dessus de leurs produits.

Le marché est un lieu plein de couleurs, plein d'odeurs surtout. Le marché est un lieu qui se vit, dans lequel il ne faut pas hésiter à discuter pendant une demi-heure avec un vendeur pour voir baisser un peu les prix, ou à s'asseoir pour se reposer en sirotant un café vietnamien.

Le bambou aime le marché.

28.10.2007

Le khmer est une langue imagée...

GavEvnta

/aw vèntaa/
signifie littéralement chemise-lunettes, ou encore

 

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27.10.2007

Je suis amoureuse

Je suis amoureuse.

Dès que je l'ai vu, ça été le coup de foudre. Il s'appelle PHA Mithona (ça veut dire "juin"; ici, de nombreuses personnes portent le nom du mois ou du jour où ils sont nés), il est beau, intelligent, et surtout, il interprète avec brio tout le répertoire populaire khmer. Il chante des chansons d'amour avec des gestes éloquents (les bras écartés pour embrasser le monde entier, ou la main sur le coeur), ça me fait fondre...

Le drame, c'est que notre amour est impossible.

Ensemble, nous avons réfléchi à plusieurs solutions :
1° Je pourrais l'enlever, et le cacher dans ma valise jusqu'à la fin de mon séjour. Mais vraiment, un garçon dans notre colloc' de filles, c'est un peu risqué. J'ai pas envie de me le faire piquer.
2° On pourrait s'enfuir tous les deux et vivre de pêche et de cueillette dans une petite cabane sur pilotis dans la province de Svay Rieng. Personne ne nous retrouverait. Pour Mithona, ce serait facile, il vit déjà dans une cabane en bois. J'aurais un peu plus d'effort d'adaptation à fournir, mais quand on aime, on ne compte pas...
3° Après une scène déchirante pendant laquelle il me croirait morte, il boirait une coupe de poison et s'affalerait sur mon corps. Là, je me réveillerais, et le coeur brisé, je me planterais son coupe-coupe dans le coeur.
J'y pense, on pourrait en faire un film non? (une superproduction qui aurait énormément de succès au Ciné Lux sur Norodom Boulevard)

Finalement, la solution m'est apparue comme évidente :
Je vais le parrainer.

J'ai oublié de vous dire : Mithona a 10 ans et il habite à Champus Khaèk.

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23.10.2007

Pris sur le fait

Avez-vous déjà vu un motodup?
Non??? 

En voilà deux beaux spécimens, pris dans leur habitat naturel.

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Au Cambodge, je me demande si un homme sur deux n'est pas motodup. C'est sûrement faux, mais quand on se promène dans la rue, et qu'on est une jeune fille française, on en voit beaucoup. Et surtout, il y en a beaucoup qui nous voient.
"Lady, moto??"
"Lady, moto??"
"Lady, moto??"

"At té, mirn moto haeuy." - "At té, khniom daeu leng."

Je leur dis pas que ça m'énerve quand ils m'appellent Lady, alors que j'ai 20 ans... Pardon, 23.
Je leur dis pas que juste avant que je traverse, un autre motodup m'a proposé de m'emmener vers la destination de mon choix.

Et en même temps, ces gars-là gagnent au mieux 10 000 riels, soit 2,5 dollars par jour. Donc on peut comprendre que, quand ils voient passer devant eux un porte-monnaie sur pattes, ils se ruent sur l'occasion.

En même temps, le motodup n'est pas un acharné. Par exemple, la pluie, c'est un bon motif pour ne pas travailler. De même que le soleil, surtout quand c'est l'heure de la sieste (10h-11h puis 13h-15h... le motodup a la vie dure). Du coup, ils déploient des trésors d'ingéniosité pour attendre les clients dans des endroits secs ou frais. L'ombre d'un lampadaire sur le quai Sisowath par exemple.
Ils ont aussi trouvé la technique rêvée pour s'installer confortablement (hum) sur leur moto. On n'a pas tous la chance d'être cyclo-pousse...

22.10.2007

Pub Colgate

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J'ai retrouvé cette photo. Une des premières que j'ai faites, le jour où j'ai mis les pieds à Krol Ko pour la première fois. Enfin, mis les pieds, c'est vite dit, parce qu'à Krol Ko, on marche en équilibre instable sur des planches en permanence, mais on a rarement l'occasion de poser les pieds sur la terre ferme.

A Krol Ko, les gens vivent dans l'eau du Tonle Sap la moitié de l'année. On en rêverait, plonger depuis sa fenêtre...
Ou pas.

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A Krol Ko, les mamans sont vendeuses sur le bord de la route nationale n°5, ou devant les entrées des usines textiles qui avalent et recrachent les ouvrières, qui sont souvent des grandes soeurs de filleuls.

A Krol Ko, les papas et les grands frères sont manutentionnaires dans des magasins sur le bord de la route nationale n°5. C'est un beau mot, manutentionnaire, mais ça vaut pas beaucoup de points au Scrabble. Et ça permet pas de gagner sa vie.
A ce propos, l'autre jour, j'ai vu un jeune homme de mon âge, maigre comme un clou, qui transportait des canettes de Coca d'un camion à un magasin. Il avait une sacrée technique, il les portait par 6 cartons de 24 à la fois, dans son dos, en les calant avec sa nuque. Il s'en sortait plutôt pas mal... Il a fait ça pendant une bonne demi-heure (c'était un grand camion).
Après, j'ai réalisé que 6 cartons de 24 canettes de 33cl, ça fait 50 kg.

Pour en revenir à mon sujet, à Krol Ko, j'ai un filleul qui doit me montrer son vélo depuis deux mois. C'est pour prendre une photo et remercier le parrain qui verra que son argent a été bien utilisé. Quand je l'ai rappelé au filleul, il m'a dit qu'avec la crue c'était pas possible de l'amener au lieu de distribution.
A Krol Ko, les enfants ont des vélos mais ils vont à l'école à pied pendant six mois.

Et à Krol Ko, les enfants sont comblés quand on leur offre une pauvre brosse à dents à usage unique ramassée dans un hôtel.

21.10.2007

Pteah khniom

Après un suspense intenable, voilà enfin la photo de ma maison (mais les khmérophones avaient deviné).

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Non, c'est pas une blague. J'habite dans une maison avec une façade qui dit Freshy Girl Freshy Boy, quoi que ça veuille dire, avec un petit banc en faux marbre et une maison aux esprits sur pied.

C'était un travail de longue haleine, parce que le matin, on ne peut pas prendre la photo, elle serait à contre jour. Et le soir, il fait nuit à 18h, je ne suis encore jamais rentrée assez tôt.

Pour me faire pardonner, parce que j'ai bien conscience que ce n'est pas une excuse, je n'ai pas 1h30 de RER pour rentrer, j'aurais donc pu la prendre un midi, je vous en mets d'autres. Donnez vous la peine d'entrer...

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Je fais les présentations : le lecteur, Mara et Srey Nich, Mara et Srey Nich, le lecteur. Les enfants font de grands yeux, parce que deux Barangs à la fois, ça fait trop pour un seul après-midi.
Vous aurez remarqué le guidon de ma moto au passage.
Ca, c'est ce qu'on appelle un compartiment chinois. Un étage entier, puis une mezzanine sur la moitié de l'espace, là où j'habite. Ce qui m'amène à ça :

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Ma chambre.
C'est une bonne occasion pour moi de vous parler de ma moustiquaire. C'est un truc que j'ai découvert cette année, je trouve ça génial. Et là, vous vous dites tous, Eva elle est pas fine quand même, une moustiquaire ça sert à protéger des moustiques, qu'ils nous fassent plus bzzz dans l'oreille au moment où on s'endort, qu'ils nous piquent pas cruellement sur les doigts de pied, là où ça fait le plus mal, point barre.
Ouais, mais est-ce que vous avez seulement essayé?

La moustiquaire, c'est pas seulement ça. La moustiquaire, c'est un petit univers à soi, un peu comme une île déserte. C'est léger et transparent, mais psychologiquement ça isole plus que des murs. Je m'endors avec mon portable, un livre, une bouteille d'eau, mes lunettes, un petit tube de pommade anti-démangeaisons (y'a des ratés parfois) à portée de mains.

20.10.2007

Où le bambou a les pieds dans l'eau...

C'est la mousson, qu'ils disaient...

Bon, c'est vrai, il a pleuvioté quelques gouttes... La maison a un auvent en tôle, ça me réveillait la nuit.
Certes, les routes de Champus Khaèk et Phnom Basset sont régulièrement bouillasseuses, mais je m'en fiche, dans ces cas-là c'est le travailleur social qui conduit (et donc qui galère).
Il y a chaque semaine une maman de filleul de Krol Ko qui vient au bureau pour emprunter de l'argent, parce qu'elle en a besoin pour réparer la pirogue, construire une passerelle qui la relie à la terre ferme, louer une maison non inondée...
Et puis, pour faire marcher le commerce local, j'ai acheté une cape de pluie à 1500 Riels. Puis une à 3 dollars.

Mais quand même, il m'a bien fallu deux mois et demi pour être confrontée à ça :

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Alors la mousson, moi, j'y crois pas.

19.10.2007

Sophan Mai a un petit frère

Je suis loin de connaître le nom de tous les enfants des programmes, mais je connais Sophan Mai. Je reconnais sa maman aussi. C'est une toute petite femme qui sourit tout le temps, qui a des problèmes d'ouïe, et qui me le rappelle à chaque fois qu'on discute, en faisant des grands gestes vers son oreille.

Dans la nuit de mercredi à jeudi, vers minuit heure du Cambodge, Sophan Mai a eu un petit frère.

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Vendredi, vers midi heure du Cambodge, Long Saroeun et moi sommes allés leur rendre visite.  

Je vous dirais bien son nom, mais même sa maman ne le connait pas encore. Et puis, au Cambodge, le nom, c'est accessoire. On en a un dans la famille, mais on en déclare un autre à la mairie, et on en utilise un autre à l'école. Ainsi, si je rentre au village et que je me présente comme la fille de mon père, EA You Ean, tous feront de grands yeux.
Tout ça pour en revenir au bébé sans nom. Il pèse 3 kilos, ce qui est étonnant vu les gabarits de Sophan Mai et de sa maman. L'accouchement, qui s'est déroulé au centre de santé du Kilomètre 6 (le nom poétique que l'on donne à un village situé environ 6 km à la sortie de Phnom Penh, sur la route nationale 5) s'est bien passé, la maman est un peu fatiguée.

Je vous annonce ça comme ça... C'est pas que les naissances soient rares au Cambodge, au contraire. J'ai pas besoin de vous faire un dessin.

Non, c'est que vendredi dernier, on m'a annoncé la mort du petit frère d'une filleule de Champus Khaèk. Il avait deux ans, et il s'est noyé dans une flaque de boue, une de celles dans lesquelles les gamins barbotent pour se rafraîchir.

Alors une naissance, je trouve que ça mérite un post.

13.10.2007

Pchum Ben

Comme ça, vous voulez des photos?

 

Depuis deux semaines, au Cambodge, c'est la Fête des Morts. Très prosaïquement, pour nous Français expatriés, ça se traduit par trois jours fériés (du mercredi 10 au vendredi 12 octobre). Pour les Khmers, c'est le moment rêvé pour prendre des vacances. A Phnom Penh, on vit au ralenti (tous les marchés sont fermés, à part le Psar Thmei, et c'est la croix et la bannière pour trouver un bouiboui où manger. Mais bon, on y arrive).

Pour moi, qui me situe entre les deux, ça été l'occasion d'aller tester mon khmer (maintenant que vous savez tous que je suis bilingue) sur la famille au village.

Ca a commencé comme ça : mercredi 10h, je hèle un motodup dans la rue. De mon khmer parfait, je lui indique ma destination. Ou plutôt, vu qu'on apprend de ses erreurs, pas l'adresse exacte vu que mon interlocuteur ne sait pas lire un plan, mais un bâtiment connu pas trop loin, en l'occurence le marché russe.
Inutile de le dire, je négocie le prix de la course avant de monter, sinon, il risque de découvrir en chemin que je ne suis pas une vraie Cambodgienne, et de me demander le double.
Rassurez-vous, j'ai payé le double quand même.

La destination, c'est la maison de ma tante. Elle m'attend, le 4x4 piaffe, tout le monde s'installe et on part. Théoriquement, le village de Preah Prasab est à une heure de route. C'est compter sans tous les autres Phnompenhois qui profitent des vacances pour rentrer dans leur province. Et malheureusement, y'en a quelques bons milliers qui vont dans la même direction que nous.
Au début, ça se voit pas trop, la circulation est à peine plus anarchique que d'habitude, et pour une fois, je ne suis pas sur la moto, mais dans la Lexus qui klaxonne derrière la moto, donc tout va bien...

Tout va bien...
... jusqu'au moment de traverser le Mékong. Le gouvernement va recevoir des fonds de la Chine pour faire un pont, mais en attendant, on prend le bac. Et là, première photo :

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Et encore, là, vous n'avez rien vu. Donc, deuxième photo, aussi pour vous faire admirer un truc dont je ne me lasse pas, c'est-à-dire la façon dont les Cambodgiens optimisent leurs moyens de transport. Ouvrez grand les yeux ! 

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Là, je vous dis, y'a plus de queue que pour le Tonnerre de Zeus au Parc Astérix.
Dans une telle situation, n'importe quel Occidental pesterait, trépignerait, ragerait, et que sais-je encore. Il suffit de regarder les gens dans le métro ou sur le périf'.

Mais les Cambodgiens attendent stoïquement. D'aucuns disent que c'est l'effet du fatalisme qu'ils ont hérité du bouddhisme. Mais pour l'avoir expérimenté, je pense qu'on devrait "épouser l'attente" plus souvent, et remettre en question notre conception de la perte de temps.

La vérité, c'est que ma tante a perdu patience, a saisi son téléphone portable et appelé un cousin (me demandez pas qui, je ne sais pas exactement). Ensuite, nous avons traversé comme des simples piétonnes, et elle m'a confié aux bons soins du fameux cousin qui m'a conduite en moto jusqu'à la maison du grand-oncle Kong Seng (pardon papa si j'écorche l'orthographe, je corrige au moindre signe de ta part, mais t'es pas très bavard sur mon blog jusque-là.).

La maison en question, c'est une grande maison sur des pilotis de 2m50, sol en lattes de bambou, murs de bois, toit de tuile. En arrivant là, cette question que Long Saroeun pose aux familles parrainées à la fin des visites de suivi, mi-sérieux mi-blagueur ("Est-ce que vous recevez de l'aide d'une autre ONG? Est-ce que vous avez un oncle en Amérique?") a pris tout son sens. Je n'ai pas pu m'empêcher de comparer.
Comme chez les familles parrainées, il y a peu de meubles dans la maison, mais un nombre incroyable de jarres, des motos en bon état, etc.

Et en même temps, je leur sais gré, vu qu'ils pourraient vouloir afficher leur aisance, de ne pas construire à la place de leur belle maison traditionnelle une horrible et prétentieuse maison comme il y en tant ici (mais patience, ça fera le sujet d'un autre post).

Inutile de dire qu'ils m'ont reçue royalement.

 

Après un réveil matinal un peu difficile (5h45, mais je commence à m'habituer, et puis on s'était couchés avec les poules ou presque), et la traditionnelle soupe de nouilles (je n'ai pas réussi à en faire mon petit-déjeûner quotidien, mais une fois de temps en temps, le WE, c'est appréciable), nous voilà partis direction la pagode.

Là encore, si on cherche à critiquer, on y arrive toujours : bravo à l'architecte qui a réussi à vendre son plan à tous les villages qui veulent se munir d'une pagode, et honte à ceux qui construisent des pagodes sur le dos des pauvres villageois. Certes. Moi, je me contente de trouver ça beau.

a9ba61a27002c5e13a527b457b6c5e5b.jpgPchum Ben étant la plus importante fête religieuse au Cambodge, les gens sont sur leur trente-et-un. Les femmes, surtout, revêtent leur plus beau sampot et un chemisier blanc brodé agrémenté d'une écharpe de soie. Les bonzes sont comme d'habitude (mais d'habitude, j'ai une adoration sans bornes pour eux).

Une fois arrivés, et dès que les cousins ont réussi à me tirer de mon admiration pour la pirogue du village, nous sommes allés offrir un petit panier plein de bonnes choses à deux bonzes qui nous ont béni en retour.
Ensuite, nous nous sommes délestés de la nourriture que nous avions amenée pour l'offrir aux ancêtres.
Puis nous sommes entrés dans la pagode pour brûler des bâtons d'encens et faire une petite prière.
Enfin, nous avons marché jusqu'au cimetière, pour déposer de l'encens sur la tombe de mes grands-parents.

Les festivités ne s'arrêtent pas là. L'après-midi, nous sommes allés en voiture à quelques kilomètres de là, ou plus exactement à Vat Preah Vihear Sour. Sur le bord de la route, en plus des sempiternels buffles, il y avait des groupes de jeunes qui dansaient sur des rythmes endiablés, et dans l'enceinte de la pagode, les bonzes en robe safran avaient laissé la place à une sorte de fête foraine. Un manège de chevaux de bois, un jeu de fléchettes, un mat au sommet duquel pendait un sac plein de victuailles, ...

Le soir, la pagode est animée aussi : jeunes et vieux y viennent pour "danser en rond".

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Vendredi matin, j'ai rassemblé mes quelques affaires et repris le chemin de la ville.
Après m'être ressourcée quelques jours à Preah Prasab, la mission reprend le dessus. Mais pas de panique, je suis invitée pour le Nouvel An khmer (et je compte bien ne pas attendre jusque-là).

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