26.09.2007
La journée type d'un bambou
05h45 : réveil en fanfare (cavalcade dans l’escalier, bruits de douche, musique khmère). Le bambou grogne, se retourne, et se rendort jusqu’à 06h15.
06h20 – 06h30 : douche froide et habillage en fonction du programme de la journée (le bambou évite de mettre une chemise blanche pour aller visiter ses programmes. Ça compliquerait beaucoup l’étape suivante).
Etape suivante, 06h35 – 06h55 : lessive à thème (une caractéristique du bambou, c’est qu’il apprend de ses erreurs. Notamment, il a appris que laver toutes ses fringues d’un seul coup, c’est s’exposer à de vives protestations de la part du dos. Qui a dit que le bambou est flexible ?)
07h00 : la pousse de bambou coiffe son casque et enfourche sa moto. Partir plus tard serait suicidaire. La rue où le bambou habite donne sur un axe majeur qui répond au doux nom de KIM Jong-Il Street, et où le nombre de motos à la minute croît exponentiellement entre 6h30 et 8h30. Je ne vous dirai pas, pour ne pas affoler la maman du bambou, qu’il n’y a pas d’autre option possible que de remonter ladite rue à contre-sens.
07h10 : arrivée au bureau (07h13 si pause en route pour réapprovisionner le bureau et les nombreux estomacs qu’il compte en pain de mie).
Jusqu’à 08h00 (heure d’arrivée des employés khmers), petit-déjeuner avec les autres volontaires, lecture avide des mails que vous m’avez envoyés, chers lecteurs, feuilletage du Cambodia Daily (je nourris actuellement le projet de dresser Café Crème [c’est le chien] à amener le journal de la grille à la porte du bureau).
08h00 : arrivée de Long Saroeun et Ho Saroeun, les travailleurs sociaux, ainsi que du médecin. Ouverture et pillage du coffre fort (qui a dit que le bambou était intègre ?), arrimage de la pharmacie (tâche laissée aux travailleurs sociaux, bien plus ingénieux que le bambou), assemblage des derniers éléments indispensables à la journée (liste des filleuls pour la distribution, appareil photo, …).
08h15 : départ. Arrêt au magasin de riz, puis au magasin de denrées (pour prendre les savons, sachets de lessive,
tubes de dentifrice, boîtes de lait concentrés, ou autres bouteilles d’huile que l’on donne aux filleuls).
Vers 09h30 (si tout va bien…) : arrivée au village, suivie de peu par celle du camion qui transporte riz et denrées. Les filleuls arrivent lentement. Certains nous attendaient, d’autres nous ont vus sur la route.
Une heure d’animations (pour l’instant, mais la pousse de bambou envisage de développer le spectre de ces activités, les enfants jouent, ou certains se portent volontaires pour raconter une histoire ou chanter devant les autres), puis le moment tant attendu, la distribution (1 à 4 heures en fonction des programmes).
11h45 – 12h15 : le bambou a été informé que pas loin, un enfant de 5 ans souffre de la dengue hémorragique. Le bambou se porte au chevet du bambin.
Non loin de là, un grand-père est dans un état pas bien mieux. Lui aussi a le droit à une visite du bambou. Le bambou vous raconte pas.
Dans ce genre de cas, le bambou se découvre une force insoupçonnée.
14h00 : reprise. Au programme de l’après-midi, visite médicale (elle dure jusqu’à l’écoulement total des patients, ou, à défaut, jusqu’à la tombée de la nuit, à 18h18 pile).
Le travailleur social accueille les patients et s’occupe de la partie administrative. Le médecin prend ensuite chacun en charge. Le bambou, quand il est là, fait de jolis petits paquets de médicaments en suivant les instructions du médecin.
15h30 : interruption temporaire de la participation du bambou à la visite médicale. Accompagné du travailleur social docteur ès bovins, le bambou va acheter une vache.
L’heureuse élue, Marguerite, est une jolie génisse blanche, qui donnera un veau d’ici deux ans. En effet, le prix d’une vache dépend de son âge, et de la durée qui la sépare de la naissance du prochain veau.
17h30 : on plie les bagages, on enfourche les motos pour retourner au bureau. Arrivée 18h30. Les travailleurs sociaux s’enfuient. Le bambou reste au bureau pour faire la comptabilité de la journée. D’ailleurs, tant qu’elle y pense, elle a oublié de prendre en compte le plein d’essence.
19h07 : arrivée à la maison. Les filles sont en train de manger, elles ont gardé une assiette pour le bambou qui s’installe.
19h17 : le repas est terminé. Le bambou prend une douche, puis s’installe devant son ordinateur pour vous faire croire, lecteurs, que la journée qu’elle vient de vivre est une journée-type.
08:05 Publié dans Moto Boulot Dodo | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
22.09.2007
Enfants du Mékong
Le but de ce blog étant de vous donner un aperçu de ce que je fais au Cambodge, je ne vais pas attendre un instant de plus pour vous parler d’Enfants du Mékong.
Cette association fêtera ses 50 ans en 2008, mais elle n’est présente au Cambodge, où elle a un statut d’ONG, que depuis 1991. L’action d’EdM au Cambodge s’est d’abord développée dans le Nord-Ouest du pays encore contrôlé par les Khmers Rouges, autour de Sisophon et Banteay Chmar, avant de s’étendre à Phnom Penh.
Dans tous les pays où EdM intervient, son but est d’aider les enfants pauvres à poursuivre leur scolarité par le biais du parrainage. Au fil des années, il peut se créer un véritable lien entre les filleuls et leurs parrains.
Partout sauf au Cambodge, EdM a choisi de soutenir des initiatives locales. L’association, chrétienne, travaille beaucoup en partenariat avec l’Eglise catholique au Vietnam, aux Philippines, en Thaïlande. En revanche, la religion des filleuls n’est en aucun cas un critère de sélection. Dans ces pays, les volontaires sont chargés de faire le lien entre des responsables de programmes de parrainage, et le siège à Asnières. En général, les volontaires s’occupent d’une soixantaine de programmes répartis par zones géographiques. Ce sont des missions très itinérantes.
Le cas du Cambodge est un peu particulier. L’Eglise catholique est très peu implantée, EdM peut difficilement s’appuyer sur elle pour mener son action. Actuellement, c’est Alice qui s’occupe de la quinzaine de programmes de parrainages d’EdM en partenariat avec l’Eglise catholique, Handicap International, ou Buddhism for Development.
Sinon, ce sont les bambous (un poste à Samrong, un à Banteay Chmar, deux à Sisophon, et moi à Phnom Penh) qui jouent le rôle de responsables des programmes de parrainages. Cela implique de nombreuses tâches très différentes, et je n’ai pas encore pris connaissance de toutes. Au total, il y a actuellement 3000 filleuls au Cambodge et 22 000 sur la totalité de l’Asie du Sud-est, dont la majorité au Vietnam.
En plus des parrainages, le soutien passe aussi par le financement de projets de développement, c.-à-d. visant à améliorer les conditions de vie des enfants et de leurs familles. Il peut s’agir d’ajouter quelques salles à une école, ou plus simplement (mais allez trouver des donateurs motivés) de construire une maisonnette abritant les toilettes derrière les maisons des filleuls.
11:40 Publié dans Moto Boulot Dodo | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
15.09.2007
Pteah Thmei
Fin août, le foyer des filles était en effervescence. Il leur fallait quitter le foyer avant le dimanche 2 septembre, et donc trouver une maison à Phnom Penh où vivre pendant la suite de leurs études supérieures.
Il y a deux semaines donc, 7 filles du foyer, Alice et moi, avons emménagé dans la nouvelle maison, à quelques minutes en moto du foyer.
Notre nouvelle maison se situe entre l'Institut technologique du Cambodge et la voie ferrée sur laquelle passe ce que les filles, qui étudient le français au CCF, appellent le TGV. Ce train relie Phnom Penh à Battambang (environ 500km) en 15 heures, un record. Une fois par jour, aujourd'hui vers 6h, demain vers 23h, un bruit semblable à une sirène de paquebot prévient tout le quartier de son passage.
Bon, là je vous explique, je voulais vous mettre une photo de la façade, d'abord parce qu'elle vaut le détour, et puis pour que, si vous passez devant, vous passiez me dire "chum rirb sour". Mais ici, c'est le Cambodge, et notre connexion Internet est au haut débit ce que le train Phnom Penh-Battambang est au TGV.
L'autre raison, c'est que je n'ai pas encore intégré toutes les subtilités d'un blog. Bon, mais passons.
Nous sommes toutes ravies de nous être éloignées du chien fou qui glapissait toutes les nuits à 4 heures. Et puis, du balcon au dernier étage, les filles peuvent regarder les beaux garçons jouer au foot sur les terrains de l'ITC. Enfin, on a gagné un petit frère, le fils du voisin, qui passe la moitié de ses journées chez nous. Il s'appelle Mara, il a 8 ans, et il entre au Grade 2 (l'équivalent du CE1).
Je commence à prendre des habitudes, à laver mes sous-vêtements sur le pas de la porte par exemple, au grand étonnement des voisins qui n'ont pas l'habitude de voir une Barang faire sa lessive. Une étagère, un rideau, quelques photos au mur, et je me sentirai bientôt chez moi.
Je vous laisse, parce que depuis qu'on a déménagé, les filles servent le repas à sept heures.
18:45 Publié dans Home Sweet Home | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
Aux quatre coins du monde
Quelques liens vers les sites de mes amis de Sciences Po qui vivent une expériene similaire à la mienne, et différente à la fois.
Il y a d'abord Lucile, qui a choisi de s'exiler sur une île pas tout à fait déserte.
Yazied aussi, qui fait un stage bronzette sur les plages de Miami.
Eugénie, qui fait du chinois intensif à Taipei.
Et Claire, la dernière arrivée.
11:21 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
14.09.2007
Phnom Penh Post n°1
Ca y est, j'ai vaincu ma paresse.
Sous prétexte qu'il y avait trop à dire, et que je ne savais pas par quel bout commencer, je ne commençais rien.
Mais plusieurs d'entre vous m'ont demandé des photos, et puis je sais qu'à mon retour je serai contente d'avoir gardé une trace au fur et à mesure. Donc, un blog. Un blog pour vous donner un aperçu, puisqu'on ne peut pas tout raconter, de ma vie au Cambodge, des différents aspects de ma mission, de mes rencontres, etc.
Maman va me dire que ça ne remplace pas le mail hebdomadaire que je dois lui envoyer. Mamie va me dire qu'elle vient à peine de comprendre comment lire mes mails et y répondre, et que je fais exprès de lui rendre la vie difficile. Je les entends déjà...
Il me reste à vous souhaiter une bonne lecture, et comme je doute qu'on puisse tomber sur ce blog par hasard, à vous embrasser très fort.
10:21 Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note



